Se sentir aimé, c’est pouvoir dire non : consentement, enthousiasme et neurologie du sentiment de sécurité

Je souhaitais écrire sur ce sujet, à force d’entendre parler en entretien comme sur internet de toutes ces situations ou des violences ont eu lieu dans des relatons qui au départ étaient des relations positives. Je me suis dit que cela valait la peine de s’y arrêter deux petites minutes (même si ok l’article entier nécessite plutôt dans les 20 min).
Par violence, je parle de choses qui vont de la petite blague maladroite bien gênante à l’agression proactive. C’est à dire que nous sommes tous concernés, puisque nous ne naissons pas parfaitement équipés pour avoir un mode de vie irréprochable, et qu’un tel mode de vie est de toute façon rigoureusement impossible dans un monde aussi complexe. Nous avons tous à apprendre de nos erreurs à ce sujet, ainsi que des erreurs des autres.
La question de l’intimité et du consentement m’intéresse depuis longtemps, depuis que je suis rendu compte de l’omniprésence de la violence dans beaucoup de relations humaines, à tel point qu’on finit bien souvent par la trouver acceptable, la trouver « normale », simplement parce qu’elle est la norme autour de nous. Il arrive plus souvent qu’on l’imagine que de la violence s’exerce dans l’ombre, pas si loin de nous. Chez nos amis, dans notre famille. Ou même dans notre propre couple, dans certains contextes. Et qu’on trouve cela normal car, boah, c’est juste un fort caractère, ou elle a ses humeurs. Ou il a eu une mauvaise journée

Résumé: Dans cet article, je parle d’une part de l’importance du consentement dans ce qui se passe dans les relations humaines ou l’on cherche à construire un lien affectif positif, le premier objectif étant d’apprendre à être vigilant à la question du consentement afin d’éviter la violence par négligence. Je ne veux pas réduire cette notion à la seule question des relations sexuelles (bien que j’y ferai régulièrement référence), car elle intervient à tous les niveaux dans un lien humain.
Par la suite, je conseille de se référer à un signe plus fiable encore de la dimension positive du lien, qui est de rechercher l’enthousiasme de l’autre à relationner avec nous. Ainsi, cela améliore beaucoup les chances que l’autre se sente reconnu, aimé, valorisé, et que la relation soit épanouissante.
Par la suite, j’aborde également le fonctionnement du sentiment de sécurité dans le cerveau, afin de mieux comprendre comment construire ce sentiment dans la relation. Et pour finir, je reviens sur une notion fondamentale en communication nonviolente, la distinction entre besoin et stratégie, qui permet de rester souple dans nos comportements et ainsi mettre fin à des processus automatiques généralement vécus comme violents, et qui sont souvent évitables.

 

Le silence n’est pas le consentement

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C’est quelque chose de trivial pour un certain nombre de gens, mais malheureusement, je ne suis même pas certain que cela le soit pour ne serais-ce que la moitié d’entre nous.
Quand on y réfléchit vraiment à froid, ce n’est pas forcément si simple, d’être certain que l’autre est consentant. Du coup, d’entrée de jeu, je propose une règle assez simple: quand on a un doute, mieux vaut nous abstenir par principe. 

Mieux vaut manquer une occasion de vivre quelque chose d’agréable par prudence, plutôt que de manquer une occasion d’éviter à une personne de se faire abuser par négligence.

Là aussi, formulé en ces termes, cela semble trivial. Mais si j’écris sur ce sujet aujourd’hui, c’est parce que c’est pas DU TOUT aussi bien intégré qu’on peut peut être l’imaginer au premier abord.

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S’assurer du consentement d’une personne avant d’entreprendre quelque chose avec elle (contact physique, rapport sexuel, trajet en voiture, coup de fil a 23h le soir…) c’est ce qui fait la différence entre deux types d’investissement psychique de l’autre :
– Investir l’autre en tant que sujet (relation)
– Investir l’autre en tant qu’objet (réification)

La différence entre les deux est quelque chose de très important, qu’on appelle la reconnaissance de l’altérité: je reconnais que l’autre est comme moi un sujet avec des besoins, des désirs, des limites, des émotions et des pensées. Et si je veux être en relation avec cet autre, alors cela implique de tenir compte de toutes ces choses, de m’y intéresser, de rechercher du feedback, des informations qui vont m’aider à comprendre ce que cette personne pense, ressent, désire, craint. Quelles sont ses attentes et ses limites.

Par exemple (oui c’est un exemple curieux mais il me semble pertinent d’ajouter une petite touche d’humour à cet article qui, sinon, risque d’être un peu triste ou énervant, suivant le lecteur et sa relation à ce thème), si la télécommande de la TV ne marche pas très bien, et que je la frappe pour réessayer afin de pouvoir changer de chaîne sans lever mes fesses du canapé, ce n’est pas très grave car, jusqu’à preuve du contraire, la télécommande est un objet, ce n’est pas un sujet. Elle ne va donc pas souffrir si vous la frappez, c’est plutôt vous qui risquez de vous faire mal si vous frappez trop fort dessus.

Par contre, si la télécommande de la TV ne marche pas très bien, et que c’est votre petite soeur que vous frappez pour qu’elle se lève et aille changer de chaine sans lever vos fesses du canapé, c’est très différent, parce que jusqu’à preuve du contraire, votre soeur est un sujet, ce n’est pas un objet. Elle va donc souffrir si vous la frappez, et cela peut avoir ensuite tout sortes de conséquences suivant le contexte, elle peut avoir mal, se mettre à croire que vous êtes quelqu’un de méchant, se mettre à hurler et vous empêcher d’écouter la télé (et du coup même d’un point de vue purement pragmatique, c’est pas super calcul de votre part).

Ici, vous avez traité votre sœur comme un objet. Une sorte de télécommande vivante. Vous n’avez pas tenu compte de ses états mentaux, et du fait que, selon toute probabilité, elle n’a pas particulièrement comme projet de vie d’être votre télécommande vivante.
Vous n’avez pas relationné de sujet à sujet, vous l’avez utilisée comme un moyen (télécommande vivante) pour arriver à vos fins (changer de chaîne sans vous lever)
Et du coup, Kant fronce les sourcils depuis le Paradis.

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En ce qui me concerne, j’ai toujours un peu eu la phobie de « faire du mal sans faire exprès » aux gens, pour des raisons éminemment biographiques (parce que étant enfant j’ai vu les conséquences que certaines maladresses pouvaient avoir entre les adultes, parfois, et le fait de blesser sans faire exprès. Et j’ai peur depuis de « faire le même genre d’erreurs », une sorte de peur de « passer à côté d’un message de détresse que je n’aurai pas su capter de la part de l’autre, et d’être dans une forme de violence sans m’en rendre compte. ». Bref, passons.)
Aujourd’hui, je pense que ce « protecteur intérieur » en moi qui est vigilant, m’est précieux car il me pousse à toujours rechercher du feedback auprès des autres, et du coup à crée des relations denses et très riches.

Malgré tout, ce protecteur vient de mon histoire de vie, et tout le monde n’a pas une histoire similaire. Donc, tout le monde n’a pas eu besoin de développer en soi cette peur/vigilance. Ce qui fait qu’on a pas toujours ce réflexe d’être attentif aux réactions de l’autre, ce genre de choses.

 

Le consentement n’est valable qu’à un instant T, et peut évoluer au cours du temps

Il y a quelques années, j’ai entendu dire qu’il existait des applications sur smartphone ou, avant que deux personnes se rencontrent pour passer une soirée ensemble, chacun renseigne sur l’application qu’il est explicitement consentant pour avoir des rapports sexuels avec l’autre personne. Une manière de s’assurer que l’autre pourra pas dire derrière « MAIS ELLE A DIT QU’ELLE ÉTAIT CONSENTANTE SUR L’APPLICATION ».
Personnellement, je trouve que ce type de stratégie (utiliser une application pour « assurer ses arrières ») est assez dangereuse. Pourquoi ? Parce qu’on peut être consentant à un instant T et ne plus être consentant à un instant T+1.
C’est pas parce qu’au début de la soirée je suis d’accord pour faire l’amour durant la nuit qu’une fois la nuit arrivée, j’ai envie de faire l’amour. Et se baser sur ce que j’ai dit au début de la soirée pour déterminer quelle attitude adopter pendant la nuit, c’est une pente très très glissante que, perso, je n’emprunterai pas, et que je vous déconseiller d’emprunter aussi. Et en checkant sur google, il semble bien que ce soit globalement considéré comme une fausse bonne idée.

Respecter le consentement, c’est quelque chose qui se fait en continu. Etre en relation, c’est rechercher du feedback de façon régulière, pas juste à un moment donné et puis après osef.
Par exemple, une personne peut être consentante pour commencer à faire l’amour, puis ne plus être consentante pendant l’acte sexuel parce qu’il s’est passé quelque chose, ou qu’elle a pensé à quelque chose, ou qu’elle a eu mal, ou qu’elle a changé d’avis. Et je dis « elle » pour accorder avec le nom « personne », mais cela peut très bien être un mec qui n’est pas consentant, ou une personne non-binaire. L’identité de genre n’est pas la question ici, car on parle de relations entre êtres humains, avant d’attribuer à ces êtres une étiquette identitaire. Le fait que statistiquement à peu près 99% des agresseurs soient des hommes ne doit pas pour autant dispenser qui que ce soit soit de s’assurer du consentement de son ou ses partenaire. Dans l’intimité, si on ne s’intéresse pas activement à ce qui se passe dans l’esprit de chacun pour recevoir du feedback et dépasser ses projections imaginaires, se montrer violent est vite arrivée, même quand on fait partie au niveau identitaire d’une minorité (femme, NB, etc).

 

Ne rien dire, ce n’est pas pour autant consentir

« Qui ne dit mot consent » <== Bullshit toxique.

silence doesn't always mean consent | Citazioni, Citazioni ...

Ce n’est pas parce qu’on pense « non » qu’on dit non. Cela nous est tous arrivé des dizaines de fois, pour la majorité d’entre nous, de dire oui en pensant non. C’est à dire de nous sacrifier pour préserver une relation, ou pour éviter des conflits, ou juste pour que les choses se passent simplement sans avoir à « se prendre la tête », quand on passe du temps avec des gens qu’on apprécie.
Parfois quand on a peur, même si on est pas d’accord avec ce qui est en train de se passer, qu’on est pas consentant, eh bien on ne va rien dire du tout. Ce n’est pas un manque de volonté, ou de l’incohérence, ou de la bêtise. C’est lié à un mécanisme du cerveau qui fait que dans certaines situations ou l’on se sent pas en sécurité, on se sent comme paralysés, et on ne réagit pas. J’explique plus bas dans l’article ce processus et pourquoi en gros ca se passe comme ça.

En attendant, à ce stade de l’article, sachez juste que ça existe: ce n’est pas parce qu’une personne ne vous dit rien, qu’elle ne réagit pas, qu’elle est d’accord avec ce qui se passe.

Si vous avez un doute, encore une fois, mieux vaut partir en priorité de l’hypothèse que c’est mauvais signe, et commencer à rechercher du feedback. Poser une question comme « tout va bien ? » ca ne coûte vraiment pas grand chose et ca peut être l’occasion pour la personne de vous exprimer quelque chose, vous aider à vous rendre compte si elle est pas hyper à l’aise avec ce qui se passe.

Gardez en tête qu’une personne peut à tout moment cesser d’être consentante si il se passe quelque chose qui ne lui convient pas, et qu’elle ne va pas forcément oser le dire. Alors c’est à vous d’être vigilant, et de vous assurer que le consentement perdure dans le temps. Si cela vous semble compliqué, je vous propose de lire la partie suivante de l’article, qui pourra peut être vous donner des éléments de réponse.

 

En complément du seul consentement:
recherchez l’enthousiasme

Cette partie de l’article m’est inspirée d’une vidéo que j’avais vue il y a quelques années de Pouhiou NoéNaute sur Youtube. Par contre vu que le titre de la vidéo en question n’est pas explicitement sur l’enthousiasme, je ne sais pas de quelle vidéo il s’agit. Mais je dirais une des dix dernières. A l’époque je ne prenais pas encore de notes sur Discord en regardant les vidéos intéressantes.
Dans cette vidéo, il explique qu’il est beaucoup plus intéressant de rechercher chez le partenaire, non pas juste une confirmation de son consentement, mais la présence d’enthousiasme face à ce qui est en train de se passer entre vous.
L’enthousiasme, c’est l’une des formes que peut prendre la joie, c’est ce que l’on ressent quand on joue, quand on s’amuse, quand on aime ce qu’on fait. Quand on y prend plaisir.

L’enthousiasme est l’inverse du non, c’est un grand OUI à ce qui est.

Parce que se contenter d’un vague consentement mou, sans conviction, certes ce n’est pas de la violence, mais tout le monde risque de se faire un peu chier, non ? Si l’on doit relationner, communier, pourquoi ne pas essayer de crée les conditions permettant que cela devienne un jeu ? Non pas un jeu violent ou l’on manipule un objet pour s’amuser comme le font les adolescents au collège et au lycée, non, un jeu relationnel ou tout le monde s’amuse, et ou les corps expriment chacun à leur manière ce grand OUI.

Si l’autre n’exprime aucun enthousiasme pour faire ce que vous lui proposez, alors il vaut peut être la peine de se poser la question: en a-t-il vraiment envie ? Est-ce que je ne peux pas vérifier si c’est vraiment ce qu’il veut, si j’ai bien pris le temps d’être vigilant à ce à quoi il aspirait de son côté ? Est-ce qu’il serait à l’aise pour me dire non, s’il le voulait ? Ou bien est-ce qu’il pourrait me dire oui en pensant non ?
Pour cette personne, est-ce que la relation est un drame, ou bien un jeu ? (coucou au maître des vanités à ce propos !)

Je vous invite vraiment à prendre le temps de vous poser la question. Pour vos relations bien sur, et pour vous même aussi.
Est-ce que la relation est un drame, sérieux, ou les choses sont lourdes et épuisantes, ou il ne faut pas rire ? Ou bien est-ce que la relation est un jeu, amusant, ou les choses sont légères et ressourcantes, ou l’on peut rire ensemble, régresser à dire des bêtises, ne pas avoir peur d’être jugé ?

L’enthousiasme, l’émotion clé de l’épanouissement humain ?

A ce sujet, peut-être avons nous des leçons à tirer du fonctionnement cérébral des enfants, avant qu’il ne soit formaté par la socioculture dans laquelle il évolue.
J’ai vu une vidéo TED d’André Stern sur l’enthousiasme que j’ai trouvé super, et je vois la met ici ! Il a aussi écrit un livre sur le jeu, que je n’ai pas encore lu, mais qui est sans doute super aussi (à l’occasion achetez le, lisez le et dites moi s’il vous a plu !)

Je vous met ici mes notes de la vidéo, puis j’enchaîne, pour éviter que l’article soit trop long.

Quelle est la première chose que fait l’enfant lorsqu’on le laisse tranquille ? Il joue. Tous les enfants jouent, quelles que soient les circonstances. Et si nous ne les interrompions jamais, ils joueraient toujours. Pour l’enfant, jouer et apprendre, ce sont des synonymes.
Ca n’a pas de sens de dire « ‘il faut que tu arrêtes de jouer pour apprendre », aussi absurde que de dire « arrête de respirer pour prendre de l’air ».

Notre cerveau se développe là ou nous l’utilisons avec enthousiasme. Il y a enfant génial en chacun de nous qui n’attend qu’une chose: de voir pour quoi nous allons nous enthousiasmer. L’enfant ne connait pas de hiérarchie entre les métiers, ce pourquoi ils sont fascinés par les éboueurs. Il les regardait avec admiration. 

L’enfant veut une imitation parfaite du monde. Ce sont des imitateurs nés et ils aiment qu’une imitation, la plus réaliste possible, entre dans leur jeu. 

Les contextes ou il y a enthousiasme sans ludique

Je ne voudrais pas trop simplifier le réel en vous faisant croire que le ludique et l’enthousiasme sont inséparables et que quand l’un est présent, l’autre l’est nécessairement.
Il existe des contextes précis et particuliers ou, je pense, une situation vécue comme dramatique peut se combiner à la présence d’enthousiasme. Par exemple, une situation ou deux personnes essaient d’avoir un enfant ensemble et ont du mal à le concevoir, et malgré tout continuent d’essayer. C’est une situation qui doit avoir une dimension très anxiogène pour les partenaires (la peur de la stérilité, de l’horloge biologique qui tourne…) et en même temps, qui peut laisser place à une connexion intime très enthousiaste par ailleurs.

Pour entrer dans le détail de cet état d’esprit, que j’appelle le paradigme dramatique non-sacrificiel, il faudra attendre la suite de ma série « de la souffrance à la vitalité » hehe. Je balance juste une citation de Bascar en passant, qui dit que « L’éveil, c’est pouvoir être en même temps inconsolable et heureux ». 

 

La fonction des limites dans les relations humaines

Pendant longtemps, en fait la plus grande partie de ma vie, je ne comprenais pas bien le sens des limites telles qu’elles étaient définies par les récits collectifs comme le récit qu’on dit « judéo-chrétien » en occident, qui se base sur les dogmes des monothéismes (société patriarcale, hétéronormative et monogame, ou l’amitié entre partenaires sexuels potentiels est vue d’un œil suspicieux)
Je me moquais allègrement des personnes qui disaient « tu as un problème avec les limites » et des psychologues qui parlaient des limites institutionnelles ou de certains soignants avec les patients. Pour moi, ces personnes étaient simplement prisonnières d’un récit collectif dogmatique aux fondements arbitraires, qui les rendaient incapables de penser ces limites de sorte à les définir d’une façon qui a du sens pour les individus à qui on demande de les respecter.
Puis j’ai évolué, à force de me confronter aux différents types de cadres, de me former (CNV, ACT, IFS…) et de lire sur la question du sens (Yalom), et du processus humain de mise en récit de l’existence du point de vue de l’anthropologie (Tinoco, Gianola et Blasco)

Nos limites telle que je les comprend aujourd’hui, c’est la frontière au delà de laquelle les choses que l’on vit cessent d’avoir du sens, d’être en harmonie avec nos valeurs.
Nos limites n’ont pas à être justifiées (pas plus que nos valeurs), elles permettent d’opérer une distinction entre ce qui contribue à donner du sens à notre vie, de la valeur (nous enrichir), et ce qui à l’inverse est absurde, destructeur, violent, inutile et épuisant.

Les limites sont donc de la plus haute importance. Toutefois, comme le système de valeur, il peut varier d’une personne à l’autre, et d’une période de la vie à l’autre chez une même personne. C’est un autre argument en faveur du fait que pour être en relation avec un autre être humain, il est nécessaire de rechercher du feedback de sa part régulièrement, afin d’être « mis à jour » de son évolution au niveau identitaire, dans son système de valeur, sa vision du monde, ses limites et ses projets… bref, tout ce qui fait sens pour lui !
Par ailleurs, on comprend également de ce point de vue à quel point l’essentialisation (le fait de projeter sur l’autre une étiquette et de n’interagir avec lui qu’à partir de cette étiquette, par exemple, « l’affreuse belle-sour », ou « le mec cis » ou « le SJW ») est à peu près le contraire d’une relation humaine, car on ne recherche plus de feedback pour adapter sa posture à l’autre tel qu’il est dans toute sa complexité, et tel qu’il évolue au fil du temps. On relationne avec l’autre comme s’il était un objet immuable, une sorte de télécommande vivante qui est toujours la même télécommande à travers le temps, qui ne peut pas changer, évoluer.

L’incertitude est insécurisante 

Toute personne ayant déjà été confrontée à une situation d’ambiguïté relationnelle durable, avec en plus de cela une asymétrie dans l’investissement de la relation (par ex amitié vs amour) peut constater que c’est une situation généralement assez inconfortable. Typiquement, la personne qui finit par être amoureux de son/sa meilleur(e) ami(e) alors que l’inverse n’est pas vraie.
Le flou des limites crée un flou dans la représentation du champ des possibles: on ne sait pas trop ce qui va se passer, si ca va rejoindre nos aspirations et attentes, ou si on va se confronter à un mur sans s’y préparer, et du coup, on ne sait pas sur quel pied danser. Comme si les choses étaient en suspens. Vais-je me prendre un mur, ou pas ? Est-ce que je dois m’attendre à avoir mal, ou pas ? Est-ce que je dois faire le deuil d’une stratégie qui ne s’avérera pas possible, ou dois-je continuer à espérer ?

 

Ce qui est douloureux, c’est quand l’autre
nous investit moins que la manière dont nous l’investissons

L’ambiguïté et l’incertitude ne sont pas un problème en soi, c’est d’ailleurs ce qui rend possible la séduction et l’érotisme, à condition que cela s’accompagne d’un sentiment de sécurité dans la relation, et surtout, d’une réciprocité évidente dans l’investissement.

Sonia commence à parler avec Paul sur Snapchat, de plus en plus souvent dans la journée. Ils ne se le disent pas encore, mais ils se plaisent mutuellement. Sonia fait le premier pas vers l’instauration d’un rapport de séduction, elle commence à mettre des petits cœurs régulièrement en smileys dans la conversation, et à dire « bisous » le soir avant de se coucher, ce qu’elle ne faisait pas les premiers temps.
Le message implicite qu’elle exprime dans ce contexte est « je t’apprécie, je suis en train de m’attacher à toi ».
Et Paul fait de même, et avance également d’un pas de son côté, en donnant à Sonia un petit surnom affectueux et en consacrant du temps à s’intéresser à elle, ses projets, et à évoquer de possibles convergences avec ses propres projets de vie, une possible rencontre IRL…
Le message implicite qu’il exprime dans ce contexte est « moi aussi je t’apprécie, et j’ai envie de crée une intimité émotionnelle avec toi » 

Typiquement le genre de situation ou chacun se sent en sécurité dans la relation, malgré la présence d’une grande incertitude vis à vis de l’avenir, car il reçoit régulièrement au fil du temps des feedbacks rassurants de l’autre, qui rassurent sur l’intérêt qu’il nous porte et l’intention de maintenir la connexion dans le temps. A ce stade, il est encore impossible de savoir comment les choses vont évoluer, les fondations de la relation sont encore en train de se construire, mais au moins ils la construisent ensemble, ils s’investissent à deux. C’est donc une relation égalitaire.

Quand l’ambiguïté s’accompagne d’un sentiment d’insécurité ou d’une difficulté à obtenir du feedback clair de l’autre, il peut très vite s’installer un déséquilibre dans la relation, et c’est la que l’absence de limites claires devient source de stress, pour l’un ou pour les deux:

Sonia commence à parler avec Paul sur Snapchat, de plus en plus souvent dans la journée. Elle ne lui dit pas encore, mais il lui plait. Elle décide donc de faire le premier pas vers l’instauration d’un rapport de séduction, elle commence à mettre des petits cœurs régulièrement en smileys dans la conversation, et à dire « bisous » le soir avant de se coucher, ce qu’elle ne faisait pas les premiers temps.
Le message implicite qu’elle exprime dans ce contexte est « je t’apprécie, je suis en train de m’attacher à toi ».
Paul de son côté a tendance à répondre des messages brefs assez impersonnels, à être moins réactif pour répondre aux messages de Sonia, qui attend parfois la moitié de la journée avant qu’il lui réponde quelques mots. Elle ne s’en formalise pas car elle se dit qu’il doit sans doute être très occupé, et que c’est bien normal. De son côté, il n’utilise jamais d’autre smileys que « ^^ » et ne parle pas beaucoup de lui. Il pose des questions à Sonia pour lui répondre, par politesse, mais ne semble pas chercher à approfondir les sujets qu’ils abordent. Il ne réagit jamais aux cœurs qu’elle lui envoie, et fait comme s’ils n’existaient pas, sauf parfois ou il répond avec un petit « ^^ » afin de rester neutre.
Le message implicite qu’il exprime dans ce contexte est en gros « je t’apprécie, mais je ne suis pas intéressé par une intimité émotionnelle avec toi ». 

Dans cette situation, il y a une asymétrie dans la relation dans la manière de l’investir: Sonia cherche à crée une connexion émotionnelle, et Paul cherche à éviter de crée cette connexion en ne réagissant pas favorablement aux « perches » que lui tend Sonia.

La situation, en l’état probablement assez inconfortable, peut évoluer en gros de trois façons:
1) Soit l’asymétrie et le flou durent dans le temps et Sonia continue à espérer en son for intérieur que Paul finisse par s’intéresser à elle (ce qui risque d’être inconfortable pour les deux, surtout pour elle)
2) Soit Sonia exprime clairement ses attentes et sentiments à Paul et il devient obligé de se positionner clairement par la suite : soit il veut que la relation devienne plus intime, soit elle se prend un mur. En fonction, c’est à eux de décider ensemble s’ils restent en relation sur des bases plus claires et donc plus sécurisantes pour tout le monde, s’ils laisse la relation s’éteindre, ou s’ils restent dans l’asymétrie malgré le fait que les choses aient été clarifiées, cette troisième possibilité risquant là encore d’être inconfortable pour les deux.
3) Soit Sonia tient compte du fait que Paul reste manifestement en retrait dans la relation et renonce d’elle-même à crée une intimité émotionnelle, pour investir la relation de la même manière que Paul et ainsi rétablir un équilibre entre eux, afin d’éviter de souffrir d’une asymétrie. 

La meilleure manière de crée et assurer un équilibre dans les relations humaines à travers le temps, c’est de communiquer. Mettre des mots, de la lumière sur les zones d’ombre, d’incertitude, sur les craintes des uns et des autres. Parvenir à parler de ses vulnérabilités et de l’état de son sentiment de sécurité.

 

Proximité physique et ambiguïté sexuelle 

Avant de commencer à travailler sur toutes ces questions et d’y réfléchir longuement avec des collègues (formés sur ce genre de questions) et des proches, j’avais une vision très naive de la fonction des limites dans les relations humaines. Je pensais que c’était avant tout des limites psychiques intériorisées qui faisaient que les relations étaient « saines », adaptées aux besoins de chacun, et que l’on respectait les limites au delà de laquelle pouvaient émerger de la violence.

Je ne voyais pas du tout le problème, par exemple, de la proximité physique dans l’amitié, les fratries ou les différents membres de la famille. En fait, je manquais surtout de recul, de connaissances et d’expérience.
Je méprisais les gens qui refusaient par principe de dormir dans le même lit que leurs amis, comme si les humains étaient forcément des animaux qui allaient se sauter dessus et avoir envie de faire l’amour sous prétexte qu’ils sont dans le même lit (le même espace intime) ou qu’ils ont des contacts physiques (se font des câlins ou des bisous).
Et je me disais que ces comportements avaient avant tout une fonction symbolique, qui n’avaient pas forcément la même signification d’une relation à l’autre (un câlin pouvant être asexué avec Jessica et sexualisé avec Mélanie).

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Aujourd’hui, mon regard a un peu changé, car avant de faire intervenir le symbolique, il faut aussi considérer la dimension biologique de l’intimité physique.

« La proximité du corps de l’autre augmente les chances de passage à l’acte incestueux »

C’est ce qui ressort de la recherche scientifique sur l’étude des familles incestueuses, du moins d’après ce que l’on peut entendre en formation sur le sujet et dans la vidéo de Psykoquoique sur le sujet.
Et au sujet de la vidéo en question, je me permets une précision: oui, le titre est « inceste consenti », et en même temps, je rappelle que le consentement n’est pas quelque chose de stable dans le temps. Une intimité consentie à un instant T peut devenir une agression sexuelle à un instant T+1 si on est plus dans la recherche active de feedback et qu’on investit l’autre comme un objet. J’ai un paquet de patients qui ont vécu des relations incestueuses étant plus jeunes, parfois de manière « plus ou moins » consentie au tout départ (« touche pipi » etc), et ce qui se passe c’est qu’avec les années, on se rend compte que ce type de situation a parfois été très anxiogène et a eu ensuite un impact négatif majeur sur le rapport à la sexualité et à son corps.
C’est peut être contre intuitif, mais banaliser les contacts intimes entre enfants sous prétexte que « c’est normal, tous les enfants font ça », ca peut aussi priver ces mêmes enfants d’un espace de parole ou ils auraient pu dire que c’était pas forcément un moment très agréable pour eux, voir même franchement bizarre.

C’est pour cette raison que quand la PJJ prend en charge des situations de violence sur enfants dans des familles, l’une des choses qu’elle vérifie et qu’elle essaie d’assurer aux enfants, c’est que chacun dispose autant que c’est possible de sa propre chambre, ou à défaut, de son propre espace d’intimité personnelle ou les autres membres de la famille n’ont pas accès (ne serais-ce que la possibilité de fermer la salle de bain à clés quand ils vont se laver par ex).
Parce que le simple fait d’avoir accès au corps de l’autre, de dormir dans la même pièce que lui, de le voir s’habiller et se déshabiller, se changer, se déplacer en sous vêtements ou de le voir nu, ce sont des stimulus qui activent certains processus mentaux dans le cerveau. Et cela augmente les probabilités qu’une intimité sexuelle directe soit ensuite recherchée, de façon mécanique. Surtout s’il s’agit d’une famille socialement isolée et peu ouverte sur l’extérieur.

Quand un enfant n’a pas la possibilité de disposer de son intimité, qu’on cherche à entrer dans la salle de bain quand il se lave, qu’on entre dans sa chambre à des moments ou il est en train de se changer, qu’on lui demande de laisser la porte ouverte ou de l’ouvrir pour nous laisser entrer, qu’on voit ou pas le problème, c’est un climat incestuel. Qui va entraîner une relation floue aux limites et à l’intimité, un manque de clarté sur comment se positionner. Avec au départ la question « est-ce que c’est normal, ou est-ce que c’est pas normal ? »
Même sans passage à l’acte direct (agression sexuelle, viol), un climat incestuel dans une famille peut être profondément insécurisant et entrainer des tas de symtomes par la suite (trouble anxieux, PTSD, trouble de la personnalité, dépression, comportement sexuel à risque…) en plus d’être source d’une immense culpabilité de la part de l’enfant, qui pourra par exemple se raconter l’histoire que c’était de sa faute, et se torturer avec ca pendant des décennies.

C’est à dire que les limites, tout aussi dogmatiques et absurdes qu’elles puissent être au premier abord, ont malgré tout le mérite d’être des repères clairs qui permettent d’apporter une structure aux relations humaines, et de pouvoir se positionner vis à vis de ces repères: les adopter, les dépasser, les questionner. Mais au moins, on sait de quoi on parle, on peut mettre des mots, réfléchir aux conséquences. On peut être d’accord ou pas d’accord.

Tout à l’heure, je parlais de l’ambiguïté comme terreau rendant possible la séduction et l’émergence de l’amour. C’est la dimension positive de l’ambiguïté dans les relations symétriques et égalitaires, dans un contexte ou chacun est libre et ouvert, ou cet amour a du sens.
L’ambiguïté, c’est aussi le terrain de jeu de la « violence de type araignée » dont parle Olivier Clerc dans son livre, cette violence de l’ombre, implicite, secrète qui empoisonne à petit feu et fait douter de soi même à force de mini violences quotidiennes, d’un climat toxique et générant une anxiété chronique. Et ce, sans même qu’on soit forcément conscient qu’il y a violence. Référence à cette difficulté qu’on peut rencontrer pour exprimer ses limites, dire non, et se protéger face à une relation d’emprise, même soft. Il suffit qu’une personne ait un ascendant sur l’autre, une personnalité plus affirmée ou davantage d’impulsivité, pour que cela suffise à faire émerger un rapport asymétrique de domination de l’un sur l’autre.

***

Par ailleurs, j’ai appris en discutant avec une super collègue que l’Homo Sapiens adulte produisant des phéromones sexuelles que les enfants peuvent capter, le fait de dormir fréquemment avec un adulte (mettons, une mère qui dort régulièrement avec son fils de 8 ans, ou bien un père qui dort avec sa fille dans le même lit) active précocement la maturation du corps de l’enfant et l’émergence chez lui de la puberté. Parce que nos corps sont avant tout des machines biologiques et que la proximité du corps d’un autre Homo Sapiens sexuellement disponible fait réagir notre propre corps.

Il en va de même dans les relations amicales. J’aimerais éviter de trop simplifier, aussi je ne vais pas parler que des relations hétérosexuelles, car je suis pas fan de l’hétéronormativité. Pour moi l’hétérosexualité n’est qu’une étiquette et elle pose beaucoup de problèmes.
La proximité du corps de l’autre, de manière régulière, augmente les probabilités que cela ait une impact sur la chimie du corps de chacun. Cela peut avoir un effet aversif (ressentir du dégoût, du rejet) ou au contraire un effet attractif (ressentir du désir, de l’attirance). En soi, ce n’est pas forcément problématique, c’est pas pour rien qu’on parle de « sex friend », de relations libre, de polyamour ou autre. Il n’y a pas de problème en soi avec le fait d’avoir du désir sexuel pour ses amis et de faire l’amour avec eux.

Par contre, là ou ca peut devenir violent, insécurisant et la base d’une tension et, à long terme, de souffrance ou de violence, c’est quand il y a une asymétrie dans l’investissement de la relation. Par exemple, quand deux amis (deux partenaires sexuels potentiels, indépendamment de leur identité de genre et de leur sexe biologique) dorment ensemble, que l’un des deux ressent du désir (sans forcément oser le dire), et que l’autre ressent de son côté de l’aversion (sans forcément oser le dire).
Dans cette situation ce qui peut se passer, c’est que la personne qui ressent de l’aversion risque de se sacrifier par peur de faire du mal à l’autre, pour ne pas se confronter à la peur d’être rejeter ou de blesser l’autre. La personne qui ressent du désir risque de son côté de prendre cela pour des encouragements à aller vers une intimité physique (passant pour « un(e) prédateur(trice) » aux yeux de l’autre), ou au contraire d’être frustrée, blessée, se sentir prise pour un(e) con(ne).
Cela parce que les limites n’ont pas été formulées (ou recherchées), d’un côté ou de l’autre. La difficulté parfois extrême à exprimer ses limites d’une part et le manque d’attention portée aux limites de l’autre d’autre part, sont sans doute deux grands facteurs qui amènent à des agressions conjugales ou entre amis. Sachant cela, on a tout à gagner à y être vigilant. 

De façon générale, quand il y a asymétrie dans une relation, cela génère de la douleur, et le mieux que je puisse conseiller dans cette situation, c’est d’en parler, de mettre des mots sur les émotions, les besoins, de définir des limites qui font sens dans la relation pour chacun, afin de partir sur des bases claires et explicites.
La lumière est l’antidote de la violence de type araignée. Elle est ce qui permet de construire un sentiment durable et solide de sécurité dans la relation.

 

La chimie du sentiment de sécurité

Pour cette partie, je vais m’appuyer d’une part sur le travail de Catherine Gueguen (dont les recherches sont vulgarisées notamment dans ses livres sur le développement du cerveau de l’enfant), et sur une conférence de François Le Doze concernant la théorie polyvagale, à laquelle j’ai assisté lors d’un webinaire. La conférence n’est peut être plus dispo sur le net, mais j’ai pris en note tout ce qu’il a dit, et je pourrai vous mettre ces notes dans un PDF ici (quand je serai de retour sur mon PC). Dans la mesure ou je ne suis pas chez moi en écrivant cet article, je n’ai pas les références sous les yeux, donc je vais écrire avec ce que je me souviens de mémoire. J’améliorerai si besoin une fois chez moi en vérifiant ce que je dis avec les bouquins sous le coude.

Le système nerveux autonome

En gros, l’important à comprendre est que le sentiment de sécurité fait intervenir le système nerveux autonome (qui s’active indépendamment de la conscience et de la volonté), et celui-ci est comme divisé en deux processus antagonistes dans notre corps : le système nerveux sympathique, et le système nerveux parasympathique.

Système sympathique : définition - docteurclic.com

Le système nerveux sympathique est ce qui a pour fonction de nous préparer à réagir face à un stimulus perçu comme potentiellement dangereux. Il sécrète des hormones (cortisol, adrénaline, noradrénaline) qui ont pour fonction de mobiliser les ressources de l’organisme pour affronter un danger ou fuir pour y échapper. C’est grosso modo ce qui est écrit sur le schéma:
Augmentation de la vigilance, pour capter un max d’informations importantes et ne pas passer à côté d’un truc dangereux)
Augmentation du rythme cardiaque, pour avoir davantage de glucose et d’oxygène exploitable par les muscles pour produire un effort intense)
Inhibition du processus de digestion, parce que c’est pas trop la priorité de crée du caca, mieux vaut garder l’énergie disponible pour se protéger du danger, et la digestion ca prend pas mal d’énergie)
Le stress mobilise les globules blancs à la périphérie de l’organisme pour pouvoir péter la gueule des microbes si on devait être blessé (plaie ouverte) en affrontant le stimulus dangereux ou en fuyant (ce qui fait qu’en cas de stress chronique l’intérieur du corps est à l’inverse plus vulnérable aux maladies, d’ou l’intérêt d’étudier le lien entre émotions et immunité, comme le fait la fac de Bordeaux)

Voila, en gros, ce qui se passe automatiquement dans notre corps quand on se sent en insécurité, quand on est confronté à ce qu’on perçoit comme de la violence. Ce système de protection s’active, induisant un déséquilibre (inconfort émotionnel), une tension interne, dans le but de se protéger du danger et ainsi, retrouver par la suite un sentiment de sécurité pour l’organisme, qui est de nouveau dans un état d’équilibre.

Exemple de stimulus qui peuvent activer le système nerveux sympathique:
– Un regard noir
– La personne reste silencieuse quand on lui a posé une question (ou ne répond plus à des SMS sans explication)
– Entendre des pas qui montent dans l’escalier
– Ecouter des gens crier
– Etre culpabilisé par soi-même ou autrui

Système parasympathique : définition - docteurclic.com

Le système nerveux parasympathique, quand à lui, fait un peu l’inverse de tout cela. C’est un système qui s’active quand l’organisme repère dans son environnement des indices qui lui font sentir que nous sommes en sécurité, qu’il n’y a pas de danger.

Diminution de la vigilance: on se sent en confiance, donc on peut relâcher son attention et lâcher prise. On ne ressent plus l’envie de tout contrôler. On se laisse davantage porter.
Diminution du rythme cardiaque et respiratoire: La tension se relâche et le corps retrouve un rythme de fonctionnement normal. Il se remet au repos, dans un état d’équilibre. Il peut refaire des stocks de glycogène dans les muscles et dans le foie.
– Favorise la digestion, parce qu’il n’y a pas de danger imminent, donc on peut se permettre d’utiliser son énergie pour absorber les nutriments et faire des trucs « non urgents ».
– Les hormones du bien être et de l’attachement (endorphines, ocytocine) permettent d’être en bonne santé et de pouvoir mieux gérer la présence de microbes dans l’environnement (système immunitaire plus efficace pour gérer les microbes à l’intérieur du corps). Par ailleurs, on se sent plus facilement en lien émotionnel intime avec les autres.

Voila ce qui se passe automatiquement dans le corps quand nous détectons dans notre environnement des marqueurs de sécurité, qui envoient le signal « tu es safe ». Quand on est en présence de gens qui nous respectent et ont à cœur de tenir compte de nos besoins dans leur façon de se comporter vis à vis de nous. L’activation du système nerveux parasympathique contribue à la régulation des émotions, et à l’émergence d’un sentiment de confort émotionnel.

Exemple d’indices de sécurité (stimulus) qui peuvent activer le système nerveux parasympathique:
– Un regard doux
– Ecouter quelqu’un nous parler avec une voix calme
– Faire un câlin
– Voir un sourire sincère
– Recevoir de l’empathie

Les mécanismes de la recherche d’un sentiment de sécurité
quand le SNA est pris dans une cage de Laborit 

L’impuissance face à la confrontation à un danger (la perspective d’une mort symbolique) étant insupportable pour le SNA, il va automatiquement mettre des comportements en place pour pouvoir retrouver un sentiment de sécurité nécessaire à son équilibre.Ces comportements sont de trois types (je sais, j’en ai déjà parlé dans d’autres articles, mais hein, cela me semble logique dans le développement de l’idée générale, donc au pire allez directement à la partie suivante si vous connaissez déjà :p) :

  • Affrontement : la meilleure défense c’est l’attaque (insulter, agresser, frapper)
  • Fuite : on se taille pour échapper au danger (intellectualiser, changer de pièce ou de sujet, fumer une cigarette ou manger du chocolat)
  • Paralysie : on fait comme si on était déjà mort comme ca le danger va peut être renoncer à nous tuer (sidération, dissociation)

D’après François le Doze, l’affrontement et la fuite sont des mécanismes déjà très anciens, qui sont apparus avec les poissons dans l’histoire évolutive du vivant, ou il était alors possible de se déplacer dans l’eau pour échapper à des prédateurs.
La paralysie est un mécanisme plus ancien encore dans l’histoire de la vie, datant d’une époque ou, puisqu’il était encore difficile de se déplacer ou d’attaquer directement le danger, la seule solution consistant à simuler la mort, à « se faire oublier » pour espérer échapper au danger. (Je sais, dit comme cela cette explication évolutive semble un peu fragile, mais c’était mieux dit dans sa conférence, et j’éditerai cet article quand je serai chez moi è.é en attendant faites comme si j’avais rien dit si cela vous semble bullshit, honnêtement de toute façon, c’est pas un point important à retenir, c’est juste pour l’anecdote)

Aujourd’hui, même si nous héritons de millions d’années d’évolution et de sophistication du système nerveux en tant qu’Homo Sapiens, nous possédons toujours inscrit dans la structure de notre système nerveux ces comportements réflexe de protection face au danger, que l’on adopte quand on est « trigger » par des stimulus qui activent le SNA. C’est comme un gyrophare qui s’active à l’intérieur de vous.

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Il n’est pas question ici de la « volonté » ou du « libre arbitre » des individus: si le SNA est activé, peu importe vos valeurs, vos croyances, vous allez mettre en place automatiquement des comportements de protection visant à crée un sentiment de sécurité permettant à votre SNA de s’apaiser.
Vous allez rechercher des indices de sécurité dans votre environnement, qu’ils soient réels ou artificiels (via le recours à des drogues dont vous savez qu’elles vont vous procurer du bien être et un sentiment de confort, c’est à dire qu’elles vont artificiellement activer le système parasympathique). Vous allez recherchez des stimulus qui indiquent à votre corps que « c’est bon, c’est ok, tu es en sécurité maintenant. »

Tant que ce sentiment de sécurité ne sera pas retrouvé, votre SNA sympathique sera actif et vous serez en mode « défense« , en train de vous protéger d’une réalité vécue comme insécurisante, comme dangereuse pour vous. Et ce, que les gens autour de vous le remarquent ou pas…

(Une pensée pour L. qui, peut être, se reconnaîtra ici : on est en plein dans la maxime « ventre affamé d’empathie n’a pas d’oreilles » de Padovani ! Eh oui, tant que le système nerveux sympathique est actif, qu’on se sent en danger, on aura beaucoup de difficulté à sécuriser les autres et leur donner de l’empathie… parce que notre corps exprimera au contraire, au niveau non verbal, des signes indiquant qu’il y a du danger et qu’il faut s’y préparer.
C’est le contraire de la contenance rassurante caractéristique de l’empathie, puisque le cerveau, pour des raisons évolutives est très sensible à la contagion émotionnelle. Alors si une personne angoissée essaie de vous donner de l’empathie, ca risque de vous angoisser vous aussi (automatiquement, indépendamment de votre volonté), ou de vous agacer, suivant comment elle s’y prend) 

Bref, pour moi, l’Excalibur de la sortie de la cage de Laborit, c’est l’auto-empathie. Et là, je vous renvoie à l’article ou j’ai développé ça un peu plus.

Je terminerai cette partie en rappelant que la sécurité est un besoin, c’est à dire qu’il est en jeu à chaque seconde dans la vie des êtres humains. De la même manière qu’on a besoin de chaleur et d’oxygène à chaque seconde.
Or, le sentiment de sécurité est fragile, c’est d’ailleurs ce qui fait la force des mammifères: ce sont des froussard, cela leur permet d’éviter bien des dangers, et d’y survivre et ainsi faire perdurer l’espèce à travers le temps.
Il suffit d’un rien pour faire voler en éclats le sentiment de sécurité : le bruit d’une détonation, un SMS étrange, un regard particulier… Et il me semble donc utile d’avoir en tête que c’est un besoin auquel il convient d’être vigilant au quotidien, un sentiment que l’on construit et dont on prend soin, comme un feu dans une cheminée qui a besoin d’air mais pas trop, de bois mais pas trop…

 

Laissez aux proches que vous aimez la liberté de pouvoir vous dire « non »


Demande et exigence : le rapport de force n’est pas une nécessité

Logique que je commence cette dernière partie par là, n’est-ce pas ? Dans la quatrième étape de l’OSBD en communication nonviolente, on apprend à faire des demandes « qui ne sont pas des exigences », c’est à dire à demander des choses aux autres en étant en capacité d’entendre un « non » de leur part. Autrement dit de ne pas faire dépendre dans notre vie la satisfaction de nos besoins d’une unique personne, ou d’un unique moment, ou d’un unique objet, bref d’une seule stratégie possible.
Cela rejoint aussi la flexibilité psychologique que l’on travaille en thérapie ACT, afin d’assouplir la rigidité psychologique, qui consiste à vivre sa vie comme un robot mécanique bien huilé, une sorte de formule mathématique qui fait tout le temps la même chose et qui est hors d’état de pouvoir satisfaire ses besoins dès qu’un truc se passe pas comme prévu (et donc a tendance à ne pas accepter quand un truc se passe pas comme prévu, quitte à se metre en tension et à essayer de forcer le passage, puisqu’il ne sait pas comment faire autrement)

On croit souvent à tort que la violence et les rapports de force sont inhérents à toute relation humaine, et que c’est très bien comme cela. Alors certes, toute relation authentique suppose des ajustements, des inconforts et des moments de tension. Malgré tout, ce n’est pas parce que vous aimez quelqu’un et qu’il vous aime qu’il y a forcément de la violence dans la relation.
Et pour sortir de la violence, la première étape consiste à reconnaître l’autre comme un sujet (d’ou cet article). Le voir comme un être humain (non comme un objet), dont les besoins sont par essence légitimes et n’ont pas à être justifiés.
Et bien entendu, ce qui est valable pour l’autre est également valable pour vous même : vous êtes un être humain dont les besoins sont légitimes et n’ont pas à être justifiés.

Et bonne nouvelle : il n’y a jamais en soi de conflit entre les besoins. S’il y a un conflit, c’est toujours seulement sur les stratégies mises en place pour satisfaire ses besoins. Si quelqu’un répond non à l’une de vos demande, c’est qu’il y a un de ses besoins qui résiste face à la stratégie que vous proposez.

Exemple : Il est 22h et Jean veut faire l’amour. Marie, sa copine avec qui il est en ménage, veut finir son livre avant de se coucher.
En apparence, il y a un conflit d’intérêt, car on peut difficilement faire les deux en même temps de façon pleinement satisfaisante.
On pourrait en rester là, et l’un des deux devra renoncer à sa stratégie pour adopter la stratégie de l’autre, quitte à se sacrifier (par exemple, Jean va « se la mettre derrière l’oreille » comme ils disent, ou alors Marie va renoncer à terminer son livre ce soir).
Le truc, c’est que la violence commence potentiellement déjà la. Quand on « se lâche la main », celle qui nous permet d’être en lien avec nos besoins. Dans ce qu’on appelle « les petits compromis » qui font qu’on renonce à quelque chose qui compte pour nous, parce qu’on ne sait pas comment faire autrement (changer de stratégie pour satisfaire les mêmes besoins)

Techniquement, Jean peut aller faire l’amour avec quelqu’un d’autre, mais les conséquences probables de cette stratégie rendent cela chiant.)
Il peut choisir de traiter Marie comme un simple objet de gratification (sans considération pour les besoins qu’elle veut satisfaire en terminant son livre), par exemple en la culpabilisant, lui mettant la pression pour qu’elle fasse ce qu’il exige, de type « ça sert à quoi d’être en couple si on baise même pas… franchement des fois je me demande ce qu’on fait ensemble », mais la violence si soft soif elle a des conséquences (risque de crée une dispute, de blesser Marie) et c’est donc chiant aussi.
Et du coup, il peut aussi réfléchir au besoin (connexion, partage, détente, plaisir, apaisement d’une tension…) qu’il y a derrière cette stratégie de faire l’amour.
Et voir s’il peut satisfaire ce besoin seul (avec une autre stratégie, par exemple, si ce qui compte en cet instant c’est de pouvoir se détendre, de le faire d’une autre manière qu’à travers l’intimité sexuelle. Genre en écoutant de la musique instrumentale avec un casque, confortablement installé dans le lit), ou alors déterminer avec Marie une stratégie à réaliser ensemble qui ne sacrifie pas les besoins qui sont en jeu chez elle quand elle veut terminer son livre ce soir, même si cela implique de prendre le temps de se relier l’un à l’autre (et que Marie n’aura pas forcément toujours l’énergie et l’élan de se relier de cette manière)

Face à des exigences (une demande ou l’on est pas ok avec la possibilité que l’autre nous dise non), nous n’avons que deux options:
Se soumettre (sacrifier ses besoins pour adopter à contrecœur la stratégie de l’autre)
Se rebeller (sacrifier l’autre pour respecter ses propres besoins et limites)
Dans les deux cas, on est dans le rapport de force, de pouvoir, et donc dans une relation instrumentale, qui risque d’être inconfortable ou pour l’un des deux, ou pour les deux.

Voila pourquoi Marshall Rosenberg (le père de la CNV) dit: « Ne laissez jamais à une personne le pouvoir de vous faire vous soumettre ou vous rebeller ». Ce n’est pas un dogme, c’est un conseil. Une règle dont il a l’expérience qu’elle rend la vie plus belle.

Et le pendant de ce conseil, je dirais, c’est :

« Lorsque vous formulez une demande,
laissez toujours autant que possible aux autres le pouvoir vous dire non »

 

Exemples de situations
ou il est difficile de dire ou entendre un « non »

Quand votre dépendance crée un sentiment chronique d’insécurité chez l’autre, qui du coup a peur de vous dire « non »

Si l’autre personne a le sentiment que vous êtes dépendant(e) d’elle, que vous ne savez pas comment satisfaire vos besoins sans elle, elle risque en conséquence d’avoir peur de vous laisser seul(e), de vous « abandonner ». Et donc elle risque de s’interdire tout un tas de choses, puis d’en nourrir de la tristesse ou du ressentiment, qui risque de croître au fil du temps.
Cette dépendance peut être soit nécessaire, soit contingente, c’est à dire que soit la situation peut changer et évoluer vers davantage d’autonomie (quand la dépendance est purement affective et vient d’une difficulté à gérer ses émotions, et dans ce cas, cet article pourrait vous intéresser) soit la situation de dépendance est chronique et liée par ex à un handicap chronique (versus situation de handicap qui dépend du contexte)

Conseil: Dans cette situation, vous avez la possibilité d’aborder cet enjeu avec la personne, et de la rassurer, de crée chez elle un sentiment de sécurité qui peut l’aider à être davantage à l’écoute de ses besoins, sans avoir toujours le réflexe de se sacrifier pour vous. Soyez vigilant(e) à cette tendance qu’à cette personne à ne pas s’écouter, car ce sont des situations ou son système sympathique est actif. Et c’est en lui offrant des indices de sécurité, en lui donnant de l’empathie, en lui montrant que ca va être ok si elle prend soin d’elle, que peu à peu, elle pourra prendre confiance en vous et en votre capacité à gérer les moments ou elle n’est pas dans une posture de sauveur vis à vis de vous. Avec le temps, il lui sera plus facile de paler de ses besoins, de ses limites, et enfin, de vous dire « non ».

 

Quand la dépendance de l’autre crée dans la relation un sentiment d’insécurité chez lui, qui fait que vous avez peur de lui dire « non »

L’autre personne est dépendante de vous, elle a peur de vous perdre parce qu’elle ne sait pas comment satisfaire ses besoins sans vous.
En conséquence, elle risque d’avoir le réflexe de vous mentir pour se protéger, en vous enfermant dans un cadre hypnotique, une illusion qui lui permet de vous avoir sous son contrôle. Ce n’est pas par malveillance, c’est parce que c’est la meilleure stratégie que son SNA sympathique a trouvé pour se sentir en sécurité dans la relation: ne rien vous dire qui puisse risquer de vous faire partir. Car votre départ est inenvisageable pour elle. Beaucoup trop anxiogène: c’est un impensable.

Elle va également avoir peur que vous la rejetiez si elle vous dit non, alors elle ne s’autorisera jamais à le faire. Elle dira oui à tout, et sera prête à renoncer à ses proches, à ses loisirs, à sa dignité, si cela lui donne l’impression que ca va vous faire rester auprès d’elle.

Cette personne est en insécurité chronique parce qu’elle a (sans doute, mais à voir au cas par cas, il n’y a pas de règle générale et absolue) peur de revivre une situation d’abandon telle qu’elle l’a déjà expérimenté et très mal vécu par le passé (par ex, séparation des parents, ou mort d’un proche qui était très important pour elle, ou encore une rupture amoureuse très difficile à l’adolescence)

Conseil: Il y a deux choses qui sont importantes dans une relation avec une personne qui est dans une insécurité importante vis à vis de vous : d’une part, c’est d’être conscient que cet état de détresse vient d’une hyper activation automatique de son SNA sympathique, et donc que lui apporter des indices de sécurité pourra l’aider à activer son SNA parasympathique et la rassurer (lui dire des choses qui la mettent en valeur, lui faire un câlin, lui donner de l’empathie, lui donner des repères dans la relation qui lui permette de se représenter l’avenir de manière positif). Quand le SNA est activé, il n’est pas utile de chercher à la rassurer par la logique ou des arguments rationnels (de type « tu devrais pas avoir peur, c’est absurde »), et il est contre productif de lui reprocher de ressentir ce qu’elle ressent, puisque ses sentiments sont l’expressions de ses besoins, et que satisfaire ses besoins est indispensable pour ne pas développer des symptômes (Cf cet article).
D’autre part, l’important est également pour vous d’être à l’écoute de vos propres limites: vous ne pouvez pas jouer pour cette personne le rôle de thérapeute, et si l’insécurité est massive au point d’en devenir un handicap dans la relation pour vous deux (crises d’angoisses régulières et difficiles à gérer, appels téléphoniques toute la journée etc), alors peut être qu’il peut être intéressant d’envisager un travail sur cette insécurité en psychothérapie (pour atténuer les symptômes d’un éventuel trouble anxieux, ou d’une personnalité abandonnique, et autre étiquette du genre qui peut aiguiller la prise en charge).


Affirmation de soi et confiance en soi

Il arrive que même dans une relation ou l’on ne se sent pas en sécurité, on parvienne malgré tout à s’affirmer et à oser dire non (c’est d’ailleurs le titre d’un petit cahier ainsi que d’un autre petit bouquin de psycho-éducation)
Car c’est de cela qu’il s’agit, au fond : parvenir à s’affirmer. A dépasser sa peur pour incarner la valeur courage (agir malgré la peur, par amour de la liberté), respecter et faire autant qu’il l’est possible respecter ses propres limites, ne pas se laisser sacrifier par autrui.

Cependant, s’affirmer n’est possible que si le cerveau est disponible pour cela. Qu’il est entraîné pour faire face à un environnement externe précaire, en faisant appel à des ressources internes (auto-étayage) en lesquelles pour lesquelles on ressent de la confiance.
Si le niveau de détresse est trop intense (hyper activation du système limbique), alors la personne sera beaucoup plus en difficulté pour exprimer ses limites, trop envahie qu’elle sera par l’angoisse et la peur (de faire du mal, qu’on lui fasse du mal, cela dépend du contexte et de la personne).

Il est important de garder en tête que tout le monde n’a pas l’estime de soi et le niveau de confiance en soi suffisant pour avoir les moyens de s’affirmer en situation d’insécurité (c’est à dire en situation ou le système autonome sympathique s’active). Et on a tout à gagner à repérer les personnes qui, autour de nous, on du mal à s’affirmer. Car alors il sera possible, avec elles, de se montrer plus vigilant afin de s’assurer que quand elles disent oui, elles pensent oui. Par ex, on pourra les rassurer et leur rappeler la possibilité pour elles de dire non, sans que cela n’ait de conséquence dommageable pour elles.

Conseil: Les personnes qui ont confiance en elles, qui sont capables d’agir en sortant du pilotage automatique même en situation précaire, le font parce qu’elles ont l’expérience que cela peut bien se passer. Qu’elles ont des compétences et qu’elles meuvent les mobiliser.
Durant votre vie, vous n’avez peut-être pas eu l’opportunité de faire ce type d’expériences. Parfois, étant enfant, lorsqu’on cherche à s’affirmer auprès de nos parents, les résultats sont inverse à ceux espérés (par exemple, cela amplifie encore leur violence parce qu’ils ne supportent pas qu’on « réponde » et qu’on ne se soumette pas comme un petit chien bien docile à leurs exigences).
Cependant, qu’importe votre biographie, ces compétences et cette confiance en vos compétences peuvent s’acquérir. La meilleure manière d’apprendre étant de jouer, je ne peux que vous inviter à pratiquer, vous entraîner, dans un cadre sécurisant, à vous affirmer (que ce soit avec un thérapeute, un coach, des amis, de la famille, qu’importe), à vous exprimer, à parler de vos besoins et de vos limites. Car plus on s’entraîne à faire quelque chose, plus notre cerveau le fait facilement et naturellement. Cette expérience pourra ensuite être transférée dans d’autres contextes. Et progressivement, vous aurez de plus en plus confiance en vos ressources internes. 

***

Conclusion :

On ne se sent jamais aussi aimé que lorsqu’on se sent libre d’être tel qu’on est, et célébré pour cela. Lorsqu’on est reçu par l’autre comme un cadeau, et que toutes les facettes de notre être sont bienvenues dans le monde, à ses côtés.
Le sentiment de sécurité, qui facilite chez l’autre l’expression de ce qui est vivant en lui, dépend en grande partie de pans de son systèmes nerveux sur lesquels la volonté est impuissante à avoir un contrôle direct.
Malgré tout, en comprenant un peu mieux les processus sous jacent, ce qui permet d’activer les systèmes sympathiques et parasympathiques, il devient plus facile de construire des relations sécurisantes, ou l’on se sent bien, ou l’on se sent chez soi.

Une relation d’amour,
c’est quand chacun est libre de partir,
parce qu’il ressent la sécurité de pouvoir le faire,
mais qu’il reste, parce qu’il se sent bien la ou il est
et qu’il n’a aucun désir d’aller ailleurs. 

 

Références: 

Gueguen Catherine (2014) Pour une enfance heureuse

Pour une enfance heureuse | lesprosdelapetiteenfance

Rosenberg Marshall (1999) Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs

Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) Introduction ...

2 commentaires sur “Se sentir aimé, c’est pouvoir dire non : consentement, enthousiasme et neurologie du sentiment de sécurité

  1. Merci beaucoup pour cet article. ça m’a fait beaucoup de bien de le lire et je te remercie pour ta bienveillance à l’égard des personnes qui ont du mal à dire non (et à l’égard de tout le monde d’ailleurs, j’admire cette capacité que tu as à donner de l’empathie à tous les individus présents…). J’ai également apprécié le passage sur le climat incestuel (je pense que peu de gens savent que ça peut traumatiser par la suite, personnellement j’avais le préjugé qu’un climat n’était pas si grave que ça et que c’était un truc un peu bullshit de psychanalyse) et j’ai tendance à penser qu’un climat similaire peut parfois s’installer lorsqu’il y a des incertitudes d’un point de vue sexuel dans n’importe quelle relation. Je pense que peu se rendent compte aussi que c’est parfois compliqué pour la personne qui a peur de dire non parce qu’elle a l’impression de participer au « sacrifice » et c’est d’autant plus culpabilisant par la suite. Merci d’en avoir parlé dans le dernier tiers de ton article. C’est encore un article super, qui fait du bien, qui donne envie de lire ton blog parce qu’on s’y sent bien et parce qu’il calme le SNA des personnes qui se sentent concernées…

  2. Merci pour ce nouvel article ! Comme Aëolienne, le passage sur le climat incestuel m’a particulièrement interpellée. Malgré des intuitions, je n’avais encore jamais rien lu d’explicite sur ce sujet qui est sans doute un tabou dans notre société. Ça me donne envie de creuser…

    As tu cherché des sources scientifiques soutenant cette notion : « Par ailleurs, j’ai appris en discutant avec une super collègue que l’Homo Sapiens adulte produisant des phéromones sexuelles que les enfants peuvent capter, le fait de dormir fréquemment avec un adulte (mettons, une mère qui dort régulièrement avec son fils de 8 ans, ou bien un père qui dort avec sa fille dans le même lit) active précocement la maturation du corps de l’enfant et l’émergence chez lui de la puberté. Parce que nos corps sont avant tout des machines biologiques et que la proximité du corps d’un autre Homo Sapiens sexuellement disponible fait réagir notre propre corps. »

    Merci !

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