L’hygiène émotionnelle: Le vivant comme structure dissipative

Cette allégorie me vient d’un ouvrage de philosophie brillant que je vous recommande chaudement: « Penser la vie » d’Alain Séguy Duclot.

Penser la vie : Enquête philosophique: Amazon.fr: Séguy-Duclot ...

Résumé de l’article: 
De la même manière qu’une flamme a des besoins (chaleur, comburant et combustible) pour persévérer dans son être, c’est à dire continuer à brûler à travers le temps, l’être humain a aussi des besoins, des choses qui lui sont nécessaires pour pouvoir persévérer dans son être. On oppose les besoins (nécessaires) aux stratégies (contingentes).
Les stratégies sont des efforts déployées par un individu pour persévérer dans son être (conatus, selon Spinoza). Comprendre cela permet de mieux identifier ce qui est commun à l’humanité et au vivant en général.
Par ailleurs, l’hygiène émotionnelle permet d’apprendre à décoder ses émotions afin de mieux comprendre de quoi on a besoin, ce qui contribuerait à nous rendre la vie plus belle, afin de maintenir un équilibre psychique interne.

 

Qu’est-ce qu’une flamme ?

« Lumière ascendante et mobile qui se dégage d’une matière qui brûle » (Wiktionnaire). Une flamme, c’est le feu. L’une des premières technologie maîtrisée par l’homme qui a permis son élévation dans la chaîne alimentaire au sein des écosystèmes ou il évoluait.

Quiconque a déjà fait (ou essayé) de faire du feu avec du bois s’est rendu compte que ce n’était pas si évident, sans connaissance préalable. C’est à dire que le feu pour s’allumer et rester allumé a besoins que trois conditions soient réunies, c’est ce qu’on appelle le triangle du feu:

Triangle du feu — Wikipédia

Le comburant, c’est généralement l’oxygène. Le combustible, ça peut être le bois, la cire d’une bougie, de l’essence ou de l’huile… et la chaleur, eh bien, au départ ça peut être l’étincelle produite par le choc de deux silex, ou bien le frottement d’un bâton en rotation… ou une autre flamme quand on triche avec un briquet/une allumette.

Les trois ingrédients sont nécessaires pour obtenir du feu, et ils continuent à être nécessaire par la suite pour que le feu dure dans le temps. Il suffit de retirer un seul des trois éléments du triangle pour que le feu cesse rapidement d’exister.
Par exemple, si on met une bougie sous une cloche de verre, elle va rapidement brûler tout le dioxygène qui se trouve dans l’air sous la cloche, et s’éteindre. De même, si une bougie brûle jusqu’à utiliser la totalité de la cire, elle va commencer à vaciller puis disparaître.

Bougie (unité) — Wikipédia

D’ailleurs au fait, pendant que vous êtes là: vous saviez qu’une flamme est en fait plus haute que ce qu’on perçoit avec nos yeux (qui ne détectent, par définition, que la lumière du spectre visible, entre 400 et 800 nm) ? C’est d’ailleurs pour ça qu’une flamme brûle même un peu au dessus de la flamme que l’on perçoit quand on y met les doigts (et tout le monde a déjà joué avec le feu d’une bougie, surtout après un repas sur la terrasse, avouez, vous vous êtes déjà un peu cramé vous aussi. Ya pas que moi hein, dites ?)

 

La flamme est une structure dissipative

C’est parce que la flamme est une structure physique qui a des besoins nécessaires pour persévérer dans son être à chaque instant, sans quoi elle cesse d’exister et se dissipe, qu’on (on, c’est Duclot) parle de structure dissipative. C’est un truc qui se dissipe, se désagrège s’il cesse de disposer de ce dont il a besoin pour maintenir sa structure, quoi.
Un peu comme quand Lavoisier dit « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». C’est à dire que les composants physiques (les particules) de la flamme ne cessent pas d’exister, eux. C’est la flamme en tant que structure qui cesse d’exister.

Proper Ash Disposal: What You Should Know

Quand on vous dit que le tout est plus que la somme des parties !

 

La structure du vivant

Cependant, on ne peut pas pour autant en conclure que la flamme est un être vivant. Enfin on pourrait, mais ça ne serait pas pertinent du point de vue de la biologie puisque pour prétendre au titre d’être vivant, il faut quand même remplir deux trois autres caractéristiques, genre, le fait de pouvoir faire des gosses en utilisant les ressources environnantes de façon autonome. Chose que même les virus, qui ont pourtant de l’ARN et une membrane cellulaire, ne peuvent pas faire puisqu’ils ont besoin qu’une cellule hôte produise des copies d’eux à leur place, ces feignasses.

Cependant, la question du vivant est complexe, c’est pas pour rien que Duclot en a fait tout un bouquin ! Du coup, si vous voulez une réponse approfondie, je vous conseille de jeter un œil au livre directement (il y parle entre autre de Freud et son complexe d’œdipe, de Dawkins et son gène égoïste…)

***

De même que le feu, le vivant produit des organismes qui doivent réunir certaines conditions pour persévérer dans leur être. Des choses lui sont nécessaires, non négociables. On dit en CNV que « les besoins sont le tronc commun de l’humanité », parce qu’ils sont universels, indépendamment de nos origines, de notre localisation géographique, de notre âge… ils sont ce qui nous permet de maintenir notre structure  (physique et psychique, si tant est qu’il soit pertinent de distinguer les deux) fonctionnelle à travers le temps.

Architects Paper impression numérique «Molecular Structure» 470469

Lorsque certains de nos besoins ne sont pas satisfaits, cela va se manifester en nous par un signal d’alarme: c’est la fonction de nos émotions. Une émotion inconfortable (colère, peur, tristesse…) a pour but d’attirer notre attention sur le fait que certains de nos besoins ne sont pas satisfaits, il y a un déséquilibre dans notre système qui appelle à mettre en place une action pour rétablir l’équilibre homéostatique.

Si malgré le signal d’alarme émotionnel, les besoins en jeu ne sont toujours pas satisfaits, cela va se caractériser par des symptômes (somatiques ou psychiques): la persévération du déséquilibre place l’organisme en situation de handicap, ce qui va obliger le système à compenser dans l’autre sens s’il veut continuer à fonctionner. Cependant, cela va avoir un coût pour l’organisme à court terme, qu’il payera à long terme.

Si malgré les symptômes, les besoins de l’organisme continuent de ne pas être satisfaits, les symptômes vont peu à peu s’aggraver jusqu’à mettre en péril la santé de l’individu, voir même sa vie (ex: déshydratation totale).

 

Les besoins psychologiques humains

Quand je parle de besoins nécessaires, j’ajoute que je ne parle pas que des besoins physiologique de base (respirer, se nourrir, s’hydrater), mais également des besoins psychologiques.

De la même manière qu’une flamme privée d’oxygène ne peut plus fonctionner et finit par mourir, il en va de même chez l’homme pour qui les besoins de sécurité, de reconnaissance, de liberté finissent au bout d’un moment par crée des dysfonctionnements dont la gravité va croissante à mesure qu’ils ne sont pas satisfaits. Cela crée des systèmes de plus en plus polarisés et impulsifs jusqu’à faire émerger des comportements littéralement destructeurs.

Par ailleurs, de même qu’une flamme a besoin d’oxygène à chaque seconde, les besoins humains sont présents à chaque instant, même si leur niveau de satisfaction fluctue au cours du temps.
La satisfaction de nos besoins psychiques fait partie de notre hygiène quotidienne, au même titre que la satisfaction de nos besoins physiologiques.

Les vitamines que j’ai mangé il y a une semaine en savourant cette clémentine ne vont pas me nourrir aujourd’hui. J’ai besoin d’apports réguliers en vitamines pour être en bonne santé.

De la même manière, j’ai régulièrement besoin de sécurité, de reconnaissance, et de tout un tas d’autres choses qui me sont nécessaire pour vivre en bonne santé psychique.
Si je ne tient pas compte de ce dont j’ai besoin pour me sentir bien, des inconforts émotionnels vont peu à peu émerger pour me le faire savoir, puis des symptômes vont les accompagner si je ne fais toujours rien.

Dans la relation à l’autre, le fait de ne pas tenir compte de certains besoins chez soi ou chez l’autre, c’est ce qui peut favoriser l’émergence de tensions dans la relation, puis de conflits voir de violence. Car dans une relation aussi, les besoins psychologiques de chacun doivent être nourris régulièrement. L’on a besoin de sécurité, de liberté, de reconnaissance, de tendresse tout au long de sa vie, pas seulement le samedi matin a 10h30 (je dis ca parce qu’on est samedi matin et qu’il est 10h30).
C’est quand les besoins de chacun sont entendus et pris en compte que l’on peut construire une relation harmonieuse et équilibrée, comme deux belles flammes qui, ensemble, brillent davantage que si elles étaient séparées l’une de l’autre.

Reviving the Angel of Friendship | Bob Schwartz

C’est aussi l’une des caractéristiques du vivant que de rechercher à construire et maintenir un équilibre intérieur, indépendamment du milieu extérieur (par exemple, notre corps se maintient à 37,5°C environ, peu importe la température extérieure).

Cela est vrai aussi avec les besoins psychiques: d’une certaine manière, les outils comme l’auto-empathie (l’art d’écouter ses émotions et ses besoins afin de contribuer dans la mesure de nos moyens à leur satisfaction) permet de maintenir un équilibre psychique interne indépendamment du milieu extérieur, ce qui fait qu’on pourra maintenir un équilibre même pendant des phases de tensions, de stress, ou au contraire des moments de détente ou d’inactivité.

L’hygiène émotionnelle

L’organisme est bien fait, et le principe de la vie, c’est de mettre en place tout un tas de mécanismes complexes pour lutter contre la mort et assurer la survie et la transmission des réplicateurs à travers le temps. A commencer par le mécanisme des émotions.

C’est aussi l’avantage du fait d’être un être humain en comparaison d’une flamme: on est beaucoup moins dépendant des circonstances dans lesquelles on se trouve pour satisfaire nos besoins. La flamme, si on met une cloche autour d’elle, elle va mourir sans rien pouvoir faire. Nous, on peut agir (grâce à nos émotions qui nous mettent en mouvement) pour faire usage de notre puissance, faire des efforts pour persévérer dans notre être à travers le temps.
C’est ce que Spinoza appelle le « conatus », l’effort pour persévérer dans son être, en obéissant à ses passions, son désir.

Ce qui est compliqué, c’est qu’on a pas forcément appris à écouter et comprendre nos émotions, pour se relier aux besoins qui se trouvent derrière. Cependant, comme je le répète souvent, la CNV peut vous aider dans ce travail. Ça ne sera pas toujours suffisant, cependant, mieux on comprend nos émotions et nos besoins, plus cela facilitera notre capacité à poser des actions dans le sens de leur satisfaction. 

C’est ce qu’on peut appeler l’hygiène émotionnelle, une pratique quotidienne qui consiste à apprendre à prendre soin de son esprit (et de celui des autres) en étant à l’écoute de ses émotions, en accueillant ce qui est vivant en soi, afin d’entrer en relation avec et en tenir compte dans nos actions, plutôt que de chercher à contrôler ses émotions, sacrifier ce qui en nous s’exprime en le mettant sous le tapis, au risque que cela macère et revienne avec encore plus d’intensité par la suite. 
Car comme je l’ai dit précédemment, les besoins sont ce qui nous est nécessaire, on ne peut pas les sacrifier sur le long terme, car ils se manifesteront forcément à nouveau d’une manière ou d’une autre. La mécanique des émotions nous apprend que la seule manière de gagner le combat intérieur entre les différentes parts de nous, c’est de s’efforcer que tout le monde gagne, en étant à l’écoute de chacun de ces aspects de nous. 
Car chaque fois qu’on gagne un combat contre soi-même, en réalité, en même temps, on perd également ce combat, car la part vaincue, c’est aussi nous. 

On a donc tout intérêt à apprendre à écouter ce qui en nous s’exprime, apprendre à désamorcer les conflits intérieurs en traduisant nos jugements pour identifier les sentiments et besoins qui se trouvent derrière. Cultiver la self-empathie, l’amour envers soi.
D’ailleurs, aussi paradoxal que cela puisse paraître, apprendre à prendre soin de soi est aussi la meilleure manière de conserver l’énergie et les moyens de prendre soin des autres sur le long terme. 
Préserver son équilibre intérieur est la meilleure manière de contribuer à maintenir et rétablir un équilibre chez les autres.

***

PS: Je ne suis pas encore suffisamment renseigné pour parler de la philosophie de Spinoza en détails, je n’ose donc pas trop m’avancer pour le moment sur cette notion de « conatus », tant que je n’ai pas lu son Ethique. Cependant, le sujet m’intéresse de plus en plus, donc…

L’image contient peut-être : 1 personne, texte qui dit ’I'LL BE BACK’

 

 

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