Coronavirus: Accueillir le messager de la peur

Résumé:
Face aux événements sans précédent pour notre génération, nous sommes contraints de nous accommoder, nous adapter, apprendre de nos erreurs, et ce n’est pas confortable. C’est un défi, pour tout le monde, qu’on accepte ou non de le relever. Il nous confronte à nos limites, à notre impuissance, et il est facile dans cette période de crise de voir nos émotions devenir une cage qui nous enferme, nous pousse à dire et faire des choses en pilotage automatique, que l’on regrettera peut-être ensuite.

Ces mécanismes, même s’ils peuvent sembler absurdes et irrationnels, sont parfaitement normaux, et sont liés au fonctionnement de notre cerveau. Celui-ci n’est pas conçu pour gérer une crise d’une telle ampleur. Alors notre machine à traiter l’information a besoin d’aide, pour éviter d’accumuler les antitélies, ces actions contre-productives qui consistent à agir avec une visée à court terme, et qui créent davantage de problèmes sur le long terme.

Cet article se veut être une modeste réflexion sur la situation et comment la vivre au mieux, le temps qu’elle durera, avec les conséquences qu’elle aura. Comme tout le monde, je voulais partager sur le sujet, parce que le meilleur antidote à la peur reste la chaleur humaine. Alors parlez-vous. Exprimez vos émotions auprès de gens avec qui vous vous sentez en confiance. Continuez à exprimer votre gratitude pour tout ce que les secondes de votre vie vous apportent de beau, qu’importe à quel point cela peut être insignifiant pour d’autres. Remerciez le soleil pour sa lumière, même s’il ne vous répond pas : c’est aussi à vous que cela fait du bien, quand vous l’exprimez.

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***

Mon cheminement en deux mots

Je n’ai pas accordé beaucoup d’attention aux événements, au début

Au vu des données à ma disposition au départ (en janvier), je partais du principe qu’il était très improbable que beaucoup de monde soit contaminé en dehors de la chine, et que parmi les contaminés, il était également peu probable d’en mourir (j’avais vu passer le chiffre de 3% de décès parmi les contaminés).

Je me moquais gentiment de mes amis qui s’inquiétaient et commençaient à fuir les gens qui éternuaient dans la rue, tout en portant un foulard autour du cou en guise de masque.
Lorsqu’on me demandait pourquoi je ne changeais pas d’attitude, pourquoi je ne me prenais pas de précautions, je répondais que j’étais déjà un peu toqué de base donc que je me lavais déjà les mains souvent dans la journée (habitude héritée du passage à Mcdo), donc que je n’avais pas a priori de raison de changer mes habitudes à ce niveau.

Je ne disposais pas de données suffisamment solides pour m’inquiéter, et je n’accorde pas beaucoup de crédit aux grands médias ni aux éditorialistes (peu importe ce qu’ils disent.
Je suivais l’actualité parce qu’un ami est archi au courant de tout ce qui se passe dans le monde, et c’est lui qui me tenait informé chaque jour. Je ne m’y intéressais pas plus que, par exemple, la fonte des glaces, ou les conséquences de l’incendie en Australie, c’est à dire, comme un drame parmi d’autres qui ne me concerne pas directement à court terme (cette fameuse idée que plus un truc est loin de son environnement immédiat, plus il est difficile de s’y investir et de se sentir concerné par lui. Problème soulevé par Léo dans sa dernière vidéo.)

Il n’y a que les êtres irrationnels qui ne changent pas d’avis avec l’accumulation de données contradictoires

Avec le temps, j’ai du me rendre à l’évidence. 350 morts en 24 heures en Italie, quand même. Non, la, il faut être con pour tomber dans le cynisme et rire grassement sur les réseaux sociaux des « cons qui paniquent et angoissent ».
Ces gens sont des êtres humains, et ils ont des raisons d’être inquiets. Ce dont ils ont besoin, ce n’est pas qu’on se foute de leur gueule, c’est plutôt de leur donner de l’empathie.  

Je me rend compte que de plus en plus de gens meurent, et beaucoup d’autres vont mourir. Probablement pas si éloignés de nous que ça.

Oui, la situation semble inquiétante, trop pour qu’on continue à s’en foutre.

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Et le truc, c’est que suivant les stratégies adoptées par les Etats et leurs citoyens, la situation peut évoluer de manière très différente. 

Autrement dit, la population a un pouvoir, à son échelle, sur la diffusion du virus. C’est la raison pour laquelle papa Macron en appelle à « la responsabilité » des individus (le lien hypertexte est un podcast de Qayris qui reprend le discours du 16 Janvier, si vous avez envie de rire un peu, foncez)

Quand on demande aux gens qui s’y connaissent le mieux en épidémiologie dans la population, ils ont tendance à tous répondre la même chose à la question « comment ça va évoluer ? »

Ils répondent « ON EN SAIT RIEN », parce que ça dépend de facteurs imprévisibles, le premier de ces facteurs étant les gens eux même et leur comportement.

https://twitter.com/nael_kl/status/1241511923272859651?s=19

***

Et du coup, on fait quoi ?

Ben déjà, on s’efforce d’appliquer les consignes de sécurité recommandées par les médecins, hein. Mais ça vous le savez déjà. Toute la terre vous somme de rester chez vous.

Un virus ne se transmet pas par magie, c’est mécanique : il faut qu’il y ait contact direct entre deux hôtes potentiels du virus. C’est pour ça qu’on vous dit de rester à distance autant que possible des autres, que vous ou les autres ayez ou non des symptômes, et de laver vos mains, les poignées et votre smartphone.

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Ça, c’est la base de la base, l’isolation pour « entraver l’évolution » du virus dans la population. Ce n’est que le début de ce qu’on peut faire. Le plus difficile reste à venir: la course d’endurance du confinement.
(C’est à ce moment que j’ai une pensée pour ma collègue et amie psychologue sportive, qui disait que « La vie est un marathon ».)

 

Cette impuissance et cette peur qui nous font ruminer :
La cage de Laborit

L’autre gros problème à gérer, c’est le problème de la peur paralysante, qui peut nous rendre instable et/ou agressif les uns avec les autres. Cette peur qui fait qu’on a besoin d’agir à très court terme pour sortir de l’impuissance, sans réfléchir aux conséquences de nos actions.

Face à un danger, notre cerveau a été sélectionné pour réagir rapidement de trois différentes manières possibles :

La fuite, par exemple quand on quitte le premier cluster d’Europe pour aller se cacher dans la campagne (quitte à emporter avec soi le virus sans s’en rendre compte et à contribuer à diffuser l’épidémie).

L’affrontement, par exemple quand on refuse de prendre des mesures de protection, quitte à contacter le virus rapidement, afin de lui survivre et de lui montrer que c’est nous le plus fort (en infectant au passage plusieurs personnes qu’on croisera sur notre route, contribuant à diffuser l’épidémie).

La sidération, par exemple quand on reste paralysé par la peur devant les informations à la télé, sans pouvoir réagir, dans un sens ou dans l’autre, et en se laissant dépérir.

***

La cage de Laborit, c’est ce dans quoi on se trouve enfermé quand on expérimente une situation ou l’on est impuissant, ou il n’existe pas de solution dans l’immédiat pour résoudre un problème. C’est une situation très inconfortable pour nos cerveaux qui sont conçus pour agir.

L’expression « Cage de Laborit » vient du psychiatre Henri Laborit qui faisait des expériences avec des rats et qui s’est aperçu que, quand deux rats sont enfermés ensemble dans une cage électrique, et qu’ils sont impuissants à éviter la douleur des chocs électriques, ils auront tendance à se battre tous les deux, parce que le temps qu’ils passent à se battre, ils ne le passent pas à subir passivement les chocs électriques de la cage. Ils fuient leur impuissance dans la violence.

(Oui, il se torchait clairement avec l’éthique animale…)

Alors, le cerveau a besoin de trouver des choses sur lesquelles agir. S’il ne peut pas agir sur le virus, alors il va se rabattre sur autre chose lui permettant d’agir, par exemple, en allant faire des stocks de nourriture dans les supermarchés. Au moins, là, il peut agir, retrouver un sentiment de contrôle et sortir de l’impuissance.

Le cerveau préfère la violence à l’impuissance, parce que la violence est une action, l’exercice de sa puissance, de son contrôle, et rien qu’en cela elle contribue à recréer un semblant de sentiment de sécurité.

Ce comportement est normal, de la part du cerveau humain. C’est la raison pour laquelle j’invite à faire preuve d’indulgence face aux personnes qui, face à la peur, font ce qu’elles peuvent pour se rassurer, même si elles ont conscience qu’elles agissent sous le coup de la peur.

On voit beaucoup de moqueries, de gens se foutre de la gueule de ceux qui achètent 20kg de pommes de terre, de papier toilette alors qu’aucune pénurie n’est prévue et que les magasins continuent à être livrés.
Je le sais parce que j’ai fait partie de ceux qui se moquaient aussi, au départ. C’était mon réflexe à moi pour me rassurer face à ma peur de voir les gens faire « n’importe quoi », réflexe de les mépriser pour ne pas me sentir impuissant à aider tous ces gens à faire autrement.

J’en voulais aussi un peu à ces gens de faire peur à mes patients, en vidant certains rayons des supermarchés et contribuant à donner une illusion de « climat de fin du monde », c’est à dire qu’en agissant depuis leur peur, ils contribuaient à leur tour à faire peur aux autres. C’était un cercle vicieux.

Puis… je me suis rendu compte que mon attitude, elle aussi, contribuait à entretenir la peur chez les gens. Je me suis rendu compte qu’en jugeant les gens, en me considérant différent d’eux, supérieur moralement à eux, je contribuais à créer chez eux de la peur. Je faisais partie du problème. Alors depuis, j’essaie un peu de changer d’attitude. J’ai envie de contribuer à ce que les gens entrent en relation les uns avec les autres, sans se juger, mais en étant à l’écoute des émotions de chacun.

Vous avez le droit d’avoir peur. Vous avez le droit d’aspirer à vous sentir en sécurité, et de vouloir faire des choses qui pourraient vous aider à vous sentir en sécurité.

Ce que je souhaite, c’est que chacun prenne garde à bien distinguer son besoin légitime de se sentir en sécurité, et les stratégies qu’il met en place pour se sentir en sécurité. Ceci afin de vérifier que votre stratégie pour vous sentir en sécurité n’est pas en train de piétiner d’autres personnes, qui ont elles aussi besoin de se sentir en sécurité.

La loi de la jungle qui fait la véritable force de notre espèce, ce n’est pas la loi du plus fort, c’est la coopération.
Et l’une des manières de coopérer avec son prochain, c’est de contribuer aux mouvements solidaires qui émergent un peu partout pour qu’on traverse cette période de crise, non pas les uns contre les autres, mais ensemble.

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Cette image illustre une initiative spontanée qui a émergé en France (dans le Lot) pour venir en aide aux personnes vulnérables qui n’osent pas sortir de chez elles: il s’agit de mettre un tissu rouge à la fenêtre pour que les voisins soient facilement informés d’une demande d’assistance.

Sortir de la cage

De l’angoisse à la peur

Irvin Yalom, dans Thérapie existentielle, explique que « l’angoisse cherche à devenir une peur ».
C’est à dire que l’angoisse est une émotion qui émerge face à un danger, sans que l’on puisse clairement se représenter ce danger dans notre esprit. On est envahi par un inconfort émotionnel, et notre corps cherche à y réagir immédiatement, sans réfléchir.

Notre corps est fait pour ça, pour avoir peur et pour réagir très rapidement afin de survivre à tous les dangers. C’est ce qui fait que les mammifères ont survécu si longtemps au cours de notre histoire évolutive, la peur.
Cependant, la peur peut aussi devenir un handicap qui nous pénalise, nous ou les autres. C’est pourquoi il est utile d’apprendre d’autres fonctionnements que le comportement réflexe conditionné, afin de gagner en souplesse, afin d’avoir le choix.

Il existe une autre manière de réagir au danger qu’en adoptant ce qu’on appelle en ACT le « pilotage automatique », c’est à dire un comportement réflexe qui vise à apaiser immédiatement l’inconfort émotionnel.
Cette autre manière consiste à agir en pleine conscience, en fonction de ce qui fait sens pour nous à long terme. Cela ne veut pas dire que la peur sera absente, plutôt qu’on sera présent à sa peur sans y être identifié.

Pour cela, la première étape consiste à « transformer l’angoisse en peur », et donc à mieux se représenter, concrètement, de quoi on a peur. Donner du corps, de la substance, à cette émotion. 

Par exemple, essayer d’identifier quelles sont les sensations que l’on ressent dans notre corps lorsqu’on a peur ? Est-ce que c’est plutôt dans le ventre, dans la gorge, dans la tête, dans tout le corps ?
Si cette peur avait une couleur, quelle serait-elle ? Si elle avait une forme ? Est-ce plutôt chaud ou plutôt froid ? Est-ce que cela est immobile ou bien est-ce que cela évolue avec le temps ?

Se poser ces questions permet de prendre du recul vis à vis de nos pensées qui, peut être, tournent en boucle dans notre tête comme un hamster sur sa roue. Ceci afin de revenir dans le présent, l’ici et maintenant, et déterminer ce qui est vivant en moi, là tout de suite.

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Là, tout de suite, j’ai peur. C’est OK. Je reste avec ma peur. Je vois si je peux lui faire de la  place en moi. Peu importe à quel point cette peur est grande, elle ne sera jamais plus grande que moi.

Qu’est-ce qui m’a fait peur ? J’observe l’élément déclencheur de ma peur. Et j’observe les pensées qui arrivent, en lien avec cet élément déclencheur.
Ces histoires que je me raconte qui entretiennent les émotions en moi, j’essaie de les identifier, de les voir comme si elles étaient écrites sur un écran d’ordinateur, dans un traitement de texte.
Et je peux observer le défilé de ces pensées qui arrivent en moi, comme si j’observerais les nuages dans le ciel et restent un instant au dessus de moi, puis repartent. 

 

Trouver de l’espace en soi pour accueillir la peur

Cette peur, je peux avoir la tentation de chercher à l’enfouir ou à la contrôler, parce qu’elle me met dans l’inconfort et que je n’ai pas envie d’être inconfortable. Je peux me mettre à lutter contre moi-même, contre cette partie de moi qui me dérange.

Cependant, la lutte contre les émotions inconfortables a tendance à fonctionner comme un amplificateur émotionnel. Plus je lutte contre la peur et l’angoisse, plus je risque d’avoir peur et d’être angoissé. Nous avons tous déjà fait l’expérience qu’il pouvait être contre-productif que d’enfouir certaines émotions en nous, qui n’en devenaient avec le temps que plus intenses encore.

C’est pourquoi, dans la mesure de nos moyens, nous avons tout à gagner à essayer d’accueillir l’émotion plutôt que de chercher à la contrôler. Car parfois, le contrôle n’est pas la solution, c’est plutôt le problème.

Or cette peur, cette part de moi n’est pas là pour me poser problème, mais pour me tenir informé de l’état de mes besoins. Alors, si c’est possible pour moi, je peux souhaiter la bienvenue à cette part de moi. Lui laisser de la place pour qu’elle puisse être présente, sans chercher à la changer, et écouter le message qu’elle m’apporte.

 

De la peur à la reconnexion à ses besoins

Je peux observer quel est le besoin insatisfait qui se trouve derrière cette peur. Est-ce que c’est un besoin de sécurité ? Un besoin de soutien ? Un besoin de cohérence ? Un besoin d’écoute, de partage ?
Cette peur que je ressens est un messager, un signal qui vient m’informer qu’il y a quelque chose d’important pour moi, une aspiration profonde que, là tout de suite, je n’arrive pas à vivre comme je le voudrais.

Ce dont j’ai besoin est quelque chose d’universel, qui ne dépend pas du contexte, qui ne dépend pas d’une personne en particulier. C’est simplement l’une des choses qui me permet d’être qui je suis, qui me rend la vie plus belle quand je peux le vivre.

***

Comment est-ce que je me sens, après avoir identifié ce dont j’ai besoin, après avoir identifié ce à quoi j’aspire profondément ? Peut être que je me sens soulagé d’avoir identifié ce qui est important pour moi, ou bien que j’ai toujours peur parce que je suis inquiet de ne pas pouvoir satisfaire ce besoin.
C’est pour cela qu’il est important de faire la différence entre ce dont j’ai besoin, et les stratégies qui peuvent me permettre de satisfaire ce besoin. 

Est-ce que là tout de suite je peux faire quelque chose qui contribuerait à nourrir ce dont j’ai besoin ? Qu’est-ce que cela va me coûter ? Est-ce que cela comporte des risques, pour moi ou pour les autres ?
Si je ne peux rien faire, là tout de suite, pour prendre soin de ce besoin en moi, alors je peux malgré tout rester avec cette part de moi qui a peur et qui aspire à vivre quelque chose qui est important pour elle. Je peux faire savoir à cette part qu’elle n’est pas seule, car je suis avec elle. 

Cultivons un état d’esprit de gratitude

J’ai dit plus tôt que, comme tout le monde, j’avais peur. Oui, il est vrai que certaines parties de moi ont peur, parce qu’elles sont inquiètes à l’idée que beaucoup de gens meurent dans le monde, inquiètes  à l’idée que des décisions soient prises trop tard, ou que les décisionnaires des Etats agissent depuis la prison d’une cage de Laborit et non en pleine conscience.

Malgré tout, parce que je peux accueillir ces parts de moi qui ont peur, je peux aussi laisser de la place à d’autres parts qui, elles, n’ont pas peur.
Et je ne résiste pas à vous partager le discours de Morpheus, dans Matrix Reloaded, au sujet de la peur, parce que je le trouve très inspirant et beaucoup plus efficace pour crée un sentiment de sécurité que ne peut l’être, par exemple, le tétrapharmakon d’Épicure dans sa lettre à Ménécée. (Au passage, je dois à Pierre Adrien d’avoir compris la portée de ce discours, et je l’en remercie)

Voici le discours en question :

« Sion écoute moi! Je confirme ce que beaucoup de vous ont entendu. Les machines ont levé toute une armée et tandis que je vous parle, cette armée approche de l’endroit où nous sommes. Mes amis je vous le dit, l’heure est grave, nous affronterons encore bien des épreuves, mais si nous devons nous y préparer, il nous faut d’abord renoncer à nos moindres peurs.

Je me présente devant vous ce soir et en vérité je n’ai pas peur. Pourquoi? Parce que moi j’ai fait le choix de croire à quelque chose que vous ne croyez pas ? Non !
Je me présente devant vous sans peur, parce que je n’oublie pas, je n’oublie pas que ce qui m’amène ce n’est pas tant le chemin qui se trouve devant moi, que le chemin qui se trouve derrière moi.
Je n’oublie pas non plus que depuis un siècle nous faisons la guerre à ces machines. Je n’oublie pas non plus que depuis un siècle, elles nous envoient leurs armées pour nous détruire. Et après un siècle entier de guerre, je n’oublie pas ce qui importe le plus. Nous sommes toujours là !

Ce soir nous allons adresser un message à cette armée, ce soir nous allons ébranler cette caverne. Ce soir nous allons faire trembler ces murs de terre, d’acier et de pierre.

Faisons nous entendre du magma rougeoyant aux ténèbres du ciel. Ce soir, grâce à nous, ces machines n’oublieront jamais plus que Sion est toujours là et que nous ne craignons rien ! »

Vidéo en VF, et en VOstFR

Ce que j’aime dans ce discours, c’est qu’il nous invite à nous rappeler toutes les séries de victoires face à la mort et à la maladie qui nous ont amenées jusque là ou nous sommes, ici et maintenant. Et que c’est cette série de victoires qui fait que nous sommes en vie aujourd’hui. Cette série de victoires qui sont autant d’occasions de célébrer, d’emplir notre cœur de gratitude.
Il ne s’agit pas de cesser de penser à toutes les victimes qui ont été et seront emportées par le coronavirus. Ces victimes nous invitent au contraire à nous investir pour éviter à d’autres de les rejoindre. Agir pour limiter l’impact de cette épidémie planétaire, en faisant le meilleur usage possible de notre pouvoir, à notre échelle.

Pour cette raison, la gratitude est l’Etat d’esprit qui, il me semble, permet le mieux de créer un sentiment de sécurité et de favoriser la coopération entre semblables. J’en parlais déjà dans mon précédent article sur la gratitude, je ne vais donc pas développer ici.
Pour finir, je rappellerai les étapes de l’expression de la gratitude telle qu’elle est proposée dans le processus de la CNV, afin peut être de contribuer à ce que d’autres se saisissent de ces outils pour se relier les uns aux autres, face au défi que nous impose le réel.

Les étapes de la célébration (expression de la gratitude)
en communication nonviolente

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C’est un sujet que j’aborde souvent parce que je le trouve passionnant et extrêmement utile, cependant, ça ne fait jamais de mal d’avoir une piqûre de rappel.
Lorsqu’on exprime des compliments de manière automatique, cela prend souvent l’apparence de jugements de valeur. Par exemple, « Tu es super cool », ou « c’est intéressant ». Ce qui ne permet pas de savoir avec clarté ce qui se passe en vous au moment ou vous formulez ce compliment. Dès lors, le risque est que la personne ne puisse pas se relier à ce que vous dites, ou pire, le rejeter en partant du principe qu’on se trompe (par exemple quand on dit à une personne qui se croit stupide qu’elle est « intelligente »).

La célébration en CNV se formule de telle sorte qu’elle clarifie ce qui se passe en nous et rend beaucoup plus facile pour l’autre de se relier, de comprendre dans quelle mesure ce qu’il a fait a contribué pour nous.

En célébrant, on ne parle pas de l’autre et de ce qu’il est, on parle de ce qui est vivant en nous.
1) Ce que l’autre a fait de manière factuelle
2) Ce que cela a suscité en nous comme sentiments/émotions
3) Les besoins qui ont été nourris chez nous à travers cela

Exemple:
Quand j’imagine que toi, cher lecteur, a pris le temps de lire mon article jusqu’ici, cela me réchauffe le cœur parce que j’aime quand ce que j’écris ici est lu par d’autres personnes, et cela me donne le sentiment que c’est utile, que ce que je fais avec ce blog a du sens.
Et quand en plus, tu prend le temps, cher lecteur, de commenter ou partager ici, cela me permet d’avoir l’information que ce que j’ai écrit t’a intéressé et que tu as envie de consacrer du temps et de l’énergie à en parler. Du coup, d’avance, je te remercie d’avoir ne serais-ce que pris le temps de lire cet article, alors que vous auriez pu faire autre chose.

Un compliment formulé en ces termes ne peut pas être rejeté par l’autre, parce qu’on est en train de parler de nous.
Vous pouvez pas me dire « non c’est pas vrai tu ressens pas ce que tu dis que tu ressens », parce que c’est moi qui sait ce que je ressens, et je ne fais que l’exprimer.

C’est l’avantage de la célébration telle qu’elle fonctionne en CNV, elle facilite grandement la connexion entre les êtres…

***

Conclusion:

Il est normal d’avoir peur en temps de crise. Cette peur est un signal d’alarme qui vous permet de vous reconnecter à vos besoins, ce qui est précieux en vous.
Apprivoiser cette peur vous permet de veiller à ce que ces besoins soient pris en compte afin de trouver des manières de les satisfaire.

Les histoires qu’on se raconte peuvent parfois faire obstacle à ce qu’on ait de la clarté sur nos besoins et comment les satisfaire, d’ou l’importance de prendre du recul sur nos pensées afin de sortir du sentiment d’urgence, et de poser des actions avec une vision en perspective.

Enfin, l’état d’esprit de gratitude permet de retrouver plus facilement un sentiment de confort et de sécurité dans notre vie afin de pouvoir faire face à l’épreuve d’endurance qu’est le confinement.

 

***

Si vous en avez l’élan, n’hésitez pas à me donner un feedback en commentaire sur le contenu de cet article, si j’ai omis des informations importantes ou que ce que je dis ici vous semble problématique.

Dans tous les cas, je vous souhaite le meilleur.

PS: Je m’efforcerai d’être disponible si l’un d’entre vous ressent le besoin d’exprimer ce qu’il ressent auprès d’une oreille attentive au sujet des événements actuels. Je pourrai vous répondre, en public ou en privé. 
De la même manière, si vous êtes en famille et démuni face au confinement qui crée des tensions dans votre foyer, je peux également vous proposer un temps d’écoute pour envisager ensemble des solutions spécifique à votre situation, permettant de rendre ce marathon plus facile à vivre. 

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3 commentaires sur “Coronavirus: Accueillir le messager de la peur

  1. J’ai trouvé l’article très clair et organisé, je pense que cela fera du bien à des personnes inquiètes et qui ont besoin de clarté et de recul sur leurs agissements de le lire. Je trouve que le passage sur l’ACT est très important car savoir pourquoi et comment on agit permet de diminuer le sentiment d’impuissance. Je me dis que partager cet article sur des plateformes, là où les gens sont inquiets et se posent des questions, serait très productif.

  2. Depuis que je procrastine pour envoyer mon commentaire. L’article est articulé de manière convenable et compréhension. La conclusion est aidante. Étant donné que c’est l’état d’esprit de gratitude qui peut permettre de faire grandir la confiance en soi et en l’avenir

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