Hygiène numérique, partie I) Les publicités sur internet: si c’est gratuit, c’est que c’est toi le produit

Introduction générale sur l’Hygiène numérique

La SISM de 2018 portait sur la relation que l’on entretien avec les écrans. Comme toute relation, elle peut être épanouissante, un tremplin pour nous réaliser nous-même. La technologie numérique nous donne la possibilité d’accéder à la connaissance de toute l’humanité en quelques secondes depuis quasiment n’importe ou sur terre, de contacter nos proches, de les entendre et de les voir. La technologie nous permet d’étendre notre liberté d’expression, d’être vu et entendu par toute la planète sitôt que notre contenu est en ligne. Et tout cela est presque devenu gratuit.

Cependant… est-ce aussi merveilleux que cela en a l’air ? C’est gratuit, d’accord, mais du coup qui est-ce qui paye pour tout cela ? Comment Google peut-il nous proposer tous ces services gratuitement, mettre à notre disposition tous ces parcs de serveurs informatiques, pour nous offrir un service aussi rapide, efficace et généreux ? Est-ce que ces géants de l’internet ont été construits par de bonnes âmes désintéressées ?

Vous vous en doutez, la chose est un peu plus complexe. Les écrans, c’est aussi exposer notre rétine à de la lumière bleue qui est toxique pour les cellules de notre rétine et perturbe notre sommeil.
C’est aussi des troubles d’allure autistique, du comportement, des troubles sociaux. Internet, c’est 12% de site pornographiques qui rapportent 5 milliards de dollars chaque année.
Google, c’est une multinationale qui fait plus de 100 milliards de dollars de bénéfice chaque année. Comment est-ce possible, pour un service gratuit ? La pub, évidemment…
Vous l’aurez sans doute remarqué aussi. Comment auriez-vous pu y échapper ? Elle est omniprésente, sur tous les réseaux sociaux, sur la plupart des sites web, sur la plupart des applications sur smartphone, sur des tas de logiciels gratuits.

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Dans la réalité, rien n’est jamais gratuit. Quand un service est gratuit pour l’utilisateur, c’est que c’est l’utilisateur qui est le produit. C’est avec notre temps, notre énergie, notre santé que l’on consomme ces services gratuits. Ce sont ces offrandes précieuses que nous dépensons sur l’autel du numérique.

Parfois, cela ne pose pas beaucoup de problèmes. Cela nous influencera juste dans nos achats dans les supermarchés en fonction de ce à quoi on a été le plus exposé.
D’autres fois, cela nous fera sombrer dans des mécanismes relevant de l’addiction et nous feront dépenser un temps considérable, parfois même beaucoup d’argent dans des choses qui n’ont, avec le recul, absolument aucun sens à nos propres yeux.

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Pourquoi parler de l’hygiène numérique ? Parce que les écrans sont entrés en concurrence avec le monde réel pour conquérir notre attention, et c’est une concurrence déloyale. Si l’on ne prend pas garde à ce qui se passe, ce sont la plupart du temps les écrans qui gagnent la bataille.
Les publicitaires, dont le chiffre d’affaire dépend de la quantité de publicité que l’on regarde sur leurs plateformes, et les industries du jeu vidéo ont investi toute leur intelligence et leur créativité dans la poursuite de cet objectif : Capter le plus possible de notre temps, de notre attention et de notre argent.

En comprenant mieux le fonctionnement du cerveau que la plupart de ceux qui en possède un, il est devenu facile de le manipuler pour lui faire faire ce qu’on veut : le faire rester le plus longtemps possible sur les réseaux sociaux, sur Youtube à bingewatcher des vidéos entrecoupées de publicités toujours plus envahissantes à mesure que les possesseurs d’ordinateur s’arment d’Adblock Plus.

Et la guerre pour conquérir nos cerveaux ne s’arrête pas là, car la publicité a bien des visages. Les placements de produit ciblés sur des influenceurs sont aussi de plus en plus présents et passent entre les mailles des filets des bloqueurs de publicité puisque ce sont alors les Youtubeurs eux-mêmes qui font la promotion de contenus auprès de leurs viewers, en échange d’une sympathique bourse.
La publicité ne se perd pas, elle se transforme. Elle ne disparaîtra d’ailleurs sans doute jamais, tant qu’il existera des entreprises ayant des produits à vendre et qu’il existera de la concurrence pour leur faire de l’ombre.

Il semble y avoir un conflit d’intérêt entre les besoins des citoyens, et les désirs des entrepreneurs qui nous exposent à leurs publicités. Une relation de prédation, de chasse à notre attention qui, si on n’y prend pas grade, pourrait nous faire perdre des plumes.

C’est la raison pour laquelle j’ai jugé bon de poser la question de l’hygiène numérique. De la même manière que l’hygiène organique permet de protéger notre corps des microbes pathogènes afin d’éviter d’être en mauvaise santé, l’hygiène numérique consiste à protéger notre cerveau des virus pathogènes qui nous font accorder une énorme part de notre attention à des écrans qui ne la méritent pas réellement, quand on prend le temps d’y réfléchir.

L’hygiène numérique a pour but d’apprendre à nous protéger de ces vampires numériques qui vident parfois nos journées de leur substance, le temps.
Il s’agira dans un premier temps de comprendre le problème et ses mécanismes, pour dans un deuxième temps évoquer des pistes pour nous en protéger et avoir une relation au numérique plus saine, comme si on développait un système immunitaire permettant de nous en servir, d’en retirer tous les bénéfices, sans se laisser happer pour tomber dans l’addiction.
Si cela vous intéresse autant que moi, je vous invite à lire la suite.

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Partie I) La publicité

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Sommaire:
Qu’est-ce que la publicité ?
Pourquoi la publicité ça marche ?
Combien rapport la publicité ?
Les différentes formes de publicité sur internet
Les alternatives à la publicité

Je vais commencer par parler d’un des trucs qui nous agace probablement tous profondément, et qui vous agacera peut-être encore plus après avoir lu l’article : La publicité. Autrefois elle nous cassait les couilles à la télé et au cinéma, aujourd’hui c’est aussi sur nos smartphones, nos tablettes et nos ordinateurs qu’elle nous emmerde.

 

Qu’est-ce que la publicité ?

Du latin publicitas « état de ce qui est public ». (1694) « notoriété publique », (1746) « qualité de ce qui est rendu public », (1829) « ensemble des moyens utilisés pour faire connaître au public un produit, une entreprise industrielle ou commerciale » (définition de Wikipédia)

Au départ la publicité, c’est le fait de mettre en avant un produit, un contenu dont on fait la promotion. Quand je vous conseille de lire le bouquin de Marshall Rosenberg, je lui fais de la pub. Toutefois aujourd’hui ce qu’on entend par « publicité » c’est surtout les images, vidéos et sons diffusés par un support pour toucher une large gamme d’utilisateurs.

La publicité, c’est ce dont les entreprises (qu’on appelle les annonceurs) ont besoin pour faire connaitre leurs produits et ainsi attirer les potentielles consommateurs qui sont susceptible de les acheter. Car pour les acheter, encore faut-il qu’ils sachent que le produit existe. Et s’il existe de la concurrence, la publicité permet alors de donner aux consommateurs potentielles le sentiment que le produit est mieux que les concurrents, et que c’est lui qu’ils devraient acheter. Je vais me contenter de citer un article qui explique très bien les choses pour plus de détails sur le processus :

Le modèle économique de la publicité
Quatre acteurs sont impliqués dans une relation publicitaire :
L’annonceur, qui souhaite vendre un produit, une boisson gazeuse par exemple
Le support, typiquement un site web ou un journal gratuit
La cible, c’est-à-dire le lecteur comme vous et moi
– Et le publicitaire, qui va faire l’intermédiaire entre l’annonceur et le support. Google est, sur le web, un de ces intermédiaires.

L’annonceur paie donc une somme d’argent au publicitaire. Celui-ci en rétrocède une petite partie au support. L’objectif étant que la cible paie au final une somme plus importante à l’annonceur. Soit la publicité ne fonctionne pas et, dans ce cas, L’annonceur fait vivre à ses frais un publicitaire et des supports. Soit elle fonctionne et c’est la cible qui fait vivre tout ce petit monde.

Source : https://ploum.net/mais-qui-paie-la-publicite/

C’est donc les annonceurs, les entreprises comme Coca Cola, Square-Enix, Feed et Milka, qui font vivre les sociétés comme Google. Elles donnent de l’argent à Google qui en échange se charge d’exposer du mieux qu’il peut les utilisateurs de ses services aux publicités mettant en avant leurs produits. Si on voit autant de pubs pour les boissons de Feed sur Facebook, c’est parce que cette entreprise à payé Facebook pour nous montrer ses publicités.

Les annonceurs étant les clients des publicitaires, le travail de ces publicitaires (Google, Facebook, Youtube…) consiste dès lors à satisfaire ces annonceurs. C’est-à-dire a crée les conditions optimales pour nous faire consommer les produits mis en avant par les publicités. Par exemple en ciblant les utilisateurs les plus susceptibles de consommer les produits mis en avant (on montrera des publicités de jeux vidéo de fantasy à des utilisateurs dont on sait qu’ils consultent régulièrement des sites sur les jeux de ce genre, par exemple)

D’ailleurs, vous pouvez vous aussi devenir annonceur si cela vous chante. Vous avez la possibilité de donner de l’argent à Facebook, et en échange le réseau pourra faire de la publicité pour ce que vous voulez (votre page, votre blog, votre livre, votre chaîne Youtube…) tant que cela respecte ses critères, donc pas de truc sexuellement explicite par exemple. Vous pourrez même choisir les critères des cibles que vous visez. Par exemple, si vous avez publié un livre de fantaisie que personne ne veut lire parce que personne ne sait qu’il existe et qu’aucune maison d’édition classique n’a accepté de le publier, vous pouvez payer Facebook pour diffuser une publicité pour votre livre en ciblant les personnes qui sont déjà connues par le réseau pour aimer les livres de fantasy. Cela maximisera les chances que les gens cliquent sur la pub et donc achètent votre livre. Autrement dit, ce qu’il se passe ici, c’est que vous utilisez indirectement Facebook et les données privées qu’il possède sur ses utilisateurs, pour exposer des personnes potentiellement intéressées par votre contenu à votre produit. C’est une manière de faire connaître votre produit à des gens qui, sinon, n’y auraient peut être jamais été confrontés. En théorie, c’est plutôt une bonne idée. En théorie…

 

Pourquoi la publicité ça marche ?

La publicité exploite différents mécanismes du cerveau afin de donner envie aux gens de consommer les produits qu’elle met en avant. Cette liste est non exhaustive et ne contient que les processus que je connais, mais il y en a probablement beaucoup d’autres. Si je découvre de nouvelles notions intéressantes, je les ajouterai probablement à cet article.

Effet de simple exposition

Les entreprises comme Danone, Coca Cola ou Milka ont des produits à vendre. Pour les vendre, il faut que les consommateurs aient envie de les acheter, davantage qu’ils n’ont envie d’acheter les autres produits concurrents. Il faut que cette marque nous semble plus attractive que les autres, qu’elle nous semble familière, pour qu’au moment où on doit faire un choix, sans même réfléchir on aille naturellement vers le produit qu’on préfère.
C’est à cela que sert la publicité, à nous exposer à des produits pour qu’ils nous soient familiers et nous donner inconsciemment envie de les acheter plus que leurs concurrents.

Comme l’explique Horizon-Gull dans sa vidéo, une seule publicité a un effet très limité, c’est la répétition de l’exposition à ces pubs qui a un effet sur la mémoire, qui fait qu’un produit nous semble plus familier qu’un autre. C’est cela, l’effet de simple exposition.

On a tous spontanément envie de croire que cela ne fonctionne pas sur nous, mais c’est une illusion qu’on se raconte pour se rassurer. En fait, la publicité marche sur tout le monde en modifiant notre perception de la réalité, la valeur symbolique qu’on attribue aux choses. Cela impacte nos choix qu’on le veuille ou non, et cela n’a rien à voir avec notre volonté, cela a à voir avec le fonctionnement réflexe de notre cerveau.

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Exemple issu d’un document sur la Théorie des Cadres Relationnels, la théorie qui est au fondement de la thérapie ACT :

« Le langage, c’est le comportement consistant à construire et comprendre des relations symboliques entre les choses, et à interagir avec ces choses au travers de ces relations.
Prenons un simple exemple : imaginez que vous devez décider entre deux films à regarder au cinéma. Vous faites une recherche sur internet pour obtenir des avis sur ces films et constatez que le premier film a une moyenne de 4 étoiles, tandis qu’elle second n’a une moyenne que de 1.5.

Jusqu’ici, nous pouvons dire qu’une relation a été construite entre ces films et le nombre d’étoiles données par les internautes (le premier = 4 étoiles) et que vous comprenez cette relation (vous savez que c’est le meilleur film selon les internautes).
Par conséquent, il y a de bonnes chances que vous choisissiez le film le mieux noté. La manière avec laquelle vous percevez ce film a changé, sans même l’avoir vu, et vous interagissez déjà avec lui d’une nouvelle manière. Dans ce cas-ci, il est devenu plus attractif.

Effet d’association

Outre l’effet de simple exposition, d’autres processus psychiques peuvent être exploités dans les publicités pour rendre un produit plus désirable aux yeux du consommateur, par exemple en l’associant à un objet de gratification.

C’est par exemple ce que font les pubs sexualisées qui associent un certain déodorant d’une certaine marque à un pouvoir de séduction auprès des femmes. Le narratif sous-jacent, implicite, c’est que si vous utilisez ce produit, vous serez plus attractif aux yeux des femmes. Pourquoi croyez vous que les publicités qui ciblent les jeunes hommes comportent souvent des jeunes femmes attractives ?
Par ailleurs, puisque les femmes sont un objet de gratification recherché par les hommes, placer une femme sur une publicité va naturellement attirer l’attention de ceux-ci et donc augmente le temps passé à être exposé au produit. Cela nous fait associer les deux (femme désirable et produit à acheter)

Les annonceurs tiennent pour cela à ce que leurs pubs s’affichent au début de vidéos appréciées par leur public cible afin de crée une association positive avec leur produit, un peu à la manière du conditionnement de Pavlov. Si le chocolat Milka est associé dans notre esprit à une mignonne marmotte, ou aux vidéos de notre Youtubeur préféré qui nous procure beaucoup de joie, bah dès qu’on verra le chocolat on sera conditionné à croire qu’on va expérimenter de la joie et on aura envie d’acheter ce chocolat-là plutôt qu’un autre.

Notre esprit fonctionne ainsi, par association de concepts. Si des pubs sont proche dans le temps d’un truc qui vous procure du plaisir, alors le contenu de la pub sera lui aussi associé à du plaisir dans votre esprit.
Pour cette raison, les annonceurs font pression pour que l’algorithme de Youtube n’associe plus leurs annonces publicitaires à des contenus douteux. C’est ce qui motive la plateforme à modifier son algorithme pour éviter de mettre en avant des contenus complotistes par exemple. Le travail de Youtube, c’est de satisfaire ses annonceurs, de satisfaire ses clients. Dans l’affaire, les utilisateurs sont le produit.

Effet de contraste

Le cerveau est un organe qui capte avant tout les contrastes pour diriger son attention de manière automatique. Par exemple, vous pouvez avoir toute la volonté et les connaissances du monde, si vous êtes en train d’écouter tranquillement de la musique et que soudain se produit une détonation pas loin de vous, vous allez diriger immédiatement votre attention vers ce bruit afin de vous préparer à fuir un danger. C’est un réflexe de survie de votre cerveau. De manière générale, les changements brutaux d’atmosphère sensorielle ont tendance à attirer votre attention qui « vérifie » qu’il n’y a pas de danger auquel vous devriez vous adapter pour survivre.

De la même manière, les publicités ont tendance à avoir un son plus fort au début du spot publicitaire afin de pouvoir rapidement capter l’attention du spectateur et le rendre vigilant au message qu’elle diffuse. C’est chiant, hein. Mais souvent, ce n’est pas suffisamment chiant pour que les gens aient le réflexe de mettre mute où baisser le son, et quand bien même, tant que la personne ne change pas de chaîne, qu’il y ait le son ou pas, elle sera au moins exposée à l’image de la pub et y sera plus attentive… Donc ça marche.

« Afin d’élever l’intensité sonore perçue et ainsi retenir l’attention de l’auditeur, les producteurs des messages publicitaires ont recourt à la compression dynamique du son. Cette technique consiste à relever l’amplitude des éléments audio qui se trouvent en dessous du niveau maximal. De cette manière, l’oreille est davantage sollicitée aux alentours de l’amplitude maximale et bénéficie de peu de « respirations » : le son est perçu plus fort. La compression dynamique permet ainsi d’augmenter significativement l’intensité perçue sans « augmenter le son » de la télévision… et donc sans l’accord du téléspectateur. »

Source : https://www.csa.fr/Cles-de-l-audiovisuel/Pratiquer/Utiliser-l-audiovisuel-numerique/Pourquoi-le-son-des-publicites-semble-t-il-plus-fort

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Connaitre ces biais cognitifs permet de plus facilement repérer les procédés utilisés pour nous mettre des choses dans le crâne à notre insu, toutefois cela ne fera pas pour autant disparaitre ces biais cognitifs définitivement, puisqu’ils sont inhérents à la structure de notre cerveau. Apprendre à y être vigilant est l’une des compétences qui permet d’avoir une meilleure hygiène mentale.

C’est la raison pour laquelle Mister Sam conclue chacune de ses vidéos de « petit point d’interrogation » par un « prenez soin de la méthode avec laquelle vous vous mettez des choses dans le crâne ». J’ai envie d’ajouter : soyez vigilants à ce à quoi vous exposez votre cerveau régulièrement.

Vous l’aurez compris, la publicité amplifie la confusion entre ce dont on a envie (qui est influencé par ce à quoi on est exposé, l’avis des gens autour de nous, les publicités) et ce dont on a réellement besoin.

C’est un peu comme les témoins de Jéhovah qui viennent nous voir directement chez nous pour nous faire de la pub pour leur religion.
Est-ce qu’on a besoin de sens dans notre vie, d’amour, de lien social ? Oui.
Est-ce qu’on a besoin des témoins de Jéhovah en particulier pour nourrir ces besoins là ? Absolument pas.
En revanche, ils feront de leur mieux pour vous laisser croire que c’est d’eux dont vous avez besoin, que ce sont eux seuls qui détiennent les solutions aux problèmes de votre existence, qu’ils sont les seuls à détenir « la vérité » et que toutes les autres religions sont gouvernées par Satan.

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« Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. »

Patrick Le Lay, PDG de TF1, dans le livre « Les dirigeants face au changement »

Aujourd’hui, c’est surtout internet qui se charge de vendre aux annonceurs du temps de cerveau humain disponible pour ses publicités. C’est le fonctionnement même de tout internet, son modèle économique : L’économie de l’attention. Parce que cette dernière est devenue la ressource la plus rare et la plus précieuse des êtres humains, celle qui a le plus de valeur.
Nous vivons dans un univers ou il existe une quantité faramineuse de loisirs, de livres, de films, de séries, de vidéos, d’articles de blogs, de journaux. Et il nous est parfaitement impossible de tout lire, tout voir, tout faire. Nous devons faire des choix. Et la publicité vise précisément à influencer nos choix afin de nous faire consommer ce qu’ils ont envie qu’on consomme. Pour cela, il faut capter notre attention, gagner notre intérêt. Éveiller en nous le désir de consommer, de dépenser notre temps, notre argent. C’est ce que fait la publicité, et qu’on le veuille ou non, ca marche.

 

Combien rapporte la publicité ?


Comme nous l’avons vu, le modèle économique des chaines de télévision, des sites Web et applications mobile est en grande partie basé sur la publicité. C’est de cette façon, en recevant de l’argent des annonceurs en échange des publicités auxquels ils exposent nos cerveaux qu’ils gagnent de l’argent et font du chiffre d’affaire.

Les entreprises dépensent vraiment beaucoup d’argent dans le financement de publicités. Elles le font parce que c’est un investissement qui leur rapporte plus qu’il ne leur coûte sur le long terme (sinon elles ne le feraient pas).
Par exemple en 2014, 89% des revenus de Google étaient générés par la publicité (donc par l’argent que les entreprises donnent à Google pour exposer les utilisateurs à des publicités). Cela représente 58 740 000 000$ de revenus rien qu’avec la pub. Aujourd’hui, Google fait plus de 100 milliards de dollars de chiffre d’affaire par ans de cette façon. (source)

Une petite partie de l’argent (moins de 40%) généré par les pubs revient, c’est vrai, aux créateurs de contenus comme les Youtubeurs qui monétisent leurs vidéos. Mais ces revenus diminuent d’années en années, et c’est un modèle économique instable sur lequel les créateurs misent de moins en moins. Par exemple, lorsque des scandales éclatent ou des publicités sont associés à des contenus violents ou racistes, il arrive que les annonceurs retirent immédiatement leurs financements auprès du publicitaire, ce qui entraîne par la suite une diminution des revenus pour les créateurs également par effet rebond.

En Mars 2017, 250 marques ont retiré leurs pubs de Youtube après avoir vu des pubs sur des vidéos racistes. Cela a entraîné une chute des revenus sur Youtube. De la même manière, Cyrille Hanouna dans l’émission Touche pas à mon poste, lorsqu’il a crée un scandale en ayant une attitude ouvertement homophobe, a fait que de nombreux annonceurs ont arrêté de supporter la chaine C8. Celle-ci a d’ailleurs du payer une amende de 3 millions d’euros.

Autre exemple : « Des dizaines de marques ont donc immédiatement coupé leur publicité sur la plateforme YouTube, attendant que son propriétaire, le géant Google, leur apporte la garantie qu’elles ne se retrouveraient plus jamais associées à des vidéos douteuses. Le gouvernement britannique lui-même, qui fournissait de la publicité via ses entreprises publiques comme la BBC, réagit immédiatement, jugeant « inacceptable que la publicité financée par le contribuable soit apparue auprès de contenus Internet inappropriés ». La facture est salée pour Google : le cabinet d’analyse Nomura Instinet chiffre le manque à gagner à plus de 750 millions de dollars en 2017.

https://www.europe1.fr/economie/les-youtubeurs-menaces-de-disparition-3537173

Par ailleurs, cette rémunération par la monétisation des vidéos rend les créateurs dépendants d’un système économique instable. C’est pourquoi ce modèle tend à évoluer, remplacé par d’autres méthodes pour faire la promotion de contenus.

 

La fonction des algorithmes :
maximiser les revenus des actionnaires
(en créant au passage des bulles de filtre)

Pour capter notre attention sur internet, des algorithmes ont été mis en place qui vont nous recommander des contenus sur Youtube, remplir notre mur sur Facebook, en fonction de ce qu’on a le plus tendance à regarder, ce sur quoi on a le plus tendance à cliquer, à liker, à commenter… Bref, les algorithmes nous montrent ce qu’ils pensent qu’on a envie de voir.

Comme tous les algorithmes de ce genre, leur fonctionnement nécessite de suivre un objectif, comme un âne suit une carotte et fait de son mieux pour l’atteindre. Les algorithmes de recommandation sur internet ont une fonction explicite : Nous faire rester aussi longtemps que possible sur la plateforme, nous donner envie de revenir, si possible tous les jours. Ils cherchent à nous faire dépenser le maximum de notre temps et de notre attention. Pour cela ils vont analyser tout un tas de paramètres : les vidéos qui nous font cliquer ensuite sur d’autres vidéos, la vitesse avec laquelle on tape un message, ce qu’on a tendance à liker ou à commenter… et ajuster leurs suggestions en fonction de si on clique dessus ou pas, par essais erreurs. Si on clique sur les suggestions, cela signifie que ce sont « de bonnes suggestions » et du coup l’IA aura tendance à nous proposer d’autres vidéos similaires pour qu’on continue à cliquer, à passer du temps sur la plateforme. L’objectif de l’algorithme de Youtube est de nous faire binge watcher le plus possible de vidéos.

Ils ont également une fonction implicite : Maximiser les revenus des actionnaires de la société. En effet, lorsqu’on regarde beaucoup de vidéos, ou qu’on passe beaucoup de temps sur un réseau social, on va aussi regarder beaucoup de publicités. Et ce sont ces publicités qui rapportent de l’argent à la plateforme.

C’est la raison pour laquelle les vidéos monétisées sont mieux référencées par l’algorithme de Youtube par exemple, car Google a tout intérêt à ce qu’on regarde un maximum de vidéos monétisées, puisque ce sont celles qui rapportent de l’argent.

A ce propos, j’avais trouvé intéressant une remarque d’Esther :

« On oublie souvent que Youtube est avant tout une entreprise avec des frais et que son but reste de faire du profit et non la charité. Un créateur qui ne monétises pas (c’est déjà beau que l’option existe), c’est un créateur qui coûte à la plateforme (maintenance de la plateforme, hébergement vidéos et locaux/matériel à dispo au youtube space gratuitement) et qui ne contribue pas à la faire vivre en lui rapportant de l’argent. »

Ainsi, l’algorithme aura moins tendance à nous suggérer de regarder des colloques de deux heures sur des chaines non monétisées. Il veut nous faire regarder le plus possible de publicités via les vidéos monétisées. Parce que c’est l’objectif d’une entreprise : faire un maximum de bénéfices en dépensant le moins possible.

D’autant que malgré la publicité sur Youtube, cette plateforme n’est toujours pas rentable pour Google, c’est-à-dire qu’actuellement celle-ci lui coute davantage qu’elle ne lui rapporte au niveau économique… ce qui montre d’autant plus la précarité du modèle économique basé sur la publicité… Ainsi, la situation de Youtube peut évoluer par la suite, puisqu’elle se trouve en situation de monopole et qu’elle propose de plus en plus de contenus directement payants…  (films à regarder, contenus premium…)

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Le problème de ces algorithmes c’est qu’ils nous enferment dans un vaste biais de confirmation ou il ne nous propose que des vidéos qu’il « sait » qu’on aura tendance à aimer. Par exemple, si on est d’extrême gauche, il nous proposera plus facilement des vidéos qui vont dans notre sens, parce que cela active le circuit de la récompense que de voir qu’on a raison de croire ce qu’on croit, et donc on aura tendance à regarder la vidéo, à rester sur la plateforme, et à regarder des pubs…

Les bulles de filtre sont ces réalités parallèles crées par les résultats des algorithmes qui fait que deux recherches effectuées par deux personnes différentes ne donneront pas du tout les mêmes résultats, en fonction de ce que l’algorithme sait de vous, de ce que vous aimez, de ce qui risque de vous faire passer du temps sur la plateforme.

Si vous aimez les voyages, que vous avez l’habitude de consulter des sites de voyage et que vous tapez « Egypte » sur Google, il vous proposera des résultats pour y faire du tourisme sur les premiers résultats de recherche car ce sont les choses sur lesquelles il a l’expérience que vous avez tendance à aller.

Mais si au contraire vous êtes plutôt un complotiste fan de la révélation des pyramides de Grimault, et que vous tapez « Egypte », les résultats seront très différents et vous seront sans doute proposé des liens sur le documentaire de la révélation des pyramides…

Ainsi, chacun sera confirmé dans ce qu’il croit déjà et aura une représentation biaisée de la réalité telle qu’elle est, si il ne se fie qu’aux résultats de ce seul moteur de recherche pour appréhender le monde.

« De quelle manière peut-on vous livrer les informations les plus pertinentes et relevantes pour vous ? Une solution est évidente : mieux vous connaître. Ne vous est-il jamais arrivé de secrètement chercher une bague de fiançailles pour la femme que vous aimez ? Puis, une fois avec elle devant votre écran à la recherche de la destination de vos prochaines vacances vous voyez soudainement de grosses bannières publicitaires s’afficher montrant des diamants et alliances ? (moi oui !)

Ce n’est plus un secret aujourd’hui, vos données personnelles sont sources de savoir qui se monétise. Toutes les solutions Google “gratuites” que vous utilisez sont autant de sources d’information pour Google permettant de vous qualifier et permettre aux entreprises de toucher LA cible recherchée et vous permettre d’avoir LA publicité qui vous percutera le plus. Plus la pub vous correspondra, plus vous serai enclin à cliquer et probablement à consommer. »

Source : https://www.pme-web.com/comment-google-gagne-argent-donnees/

Les réseaux sociaux décryptent nos émotions pour adapter automatiquement les publicités qu’elles nous présentent, afin de maximiser leur impact. Suis-je davantage enclin à dépenser de l’argent dans des vêtements quand je suis triste ? Est-ce que Facebook le sait ? Dans ce cas, vous êtes susceptibles d’être exposé à des publicités de vêtements si vous exprimez un statut triste ou des émoticônes triste sur la plateforme…

Je sais, ça fait super complotiste, dit comme ça, et j’aimerais tellement que ce soit un complot…

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Les plateformes sont d’ailleurs en constante amélioration en suivant un procédé simple : Lorsqu’ils veulent crée un changement (par exemple : faut-il mettre les notifications en rouge ou bien en vert ?), ils vont exposer les utilisateurs aux deux versions différentes de la plateforme et comparer les résultats. Si les utilisateurs qui voient les notifications en rouge ont tendance à dépenser davantage de temps et d’attention sur la plateforme que ceux qui voient les notifications en vert, alors on garde les notifications rouges. Et ainsi de suite, on peut recommencer l’expérience avec d’autres paramètres de la plateforme.

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Les différentes formes de publicité sur internet

Les annonces explicites

Pour commencer, il y a le système consistant à exposer les utilisateurs à des images, des spots audios ou vidéo faisant la promotion d’un produit.

Sur Youtube, on a les annonces au début des vidéos (qu’on peut passer au bout de 5 secondes), les annonces qui dure plutôt 20 secondes et qu’on ne peut pas passer. Il y a également les bannières sous les vidéos…

Toutefois, il semble que la monétisation rapporte de moins en moins sur Youtube. C’est probablement parce que ce modèle économique est en bout de souffle que YouTube a créé un service premium « sans pub » et un service « Youtube music » payant également. Si les gens rémunèrent directement la plateforme, celle-ci est dès lors moins dépendante de ses annonceurs…

Les placements de produits

Plus pernicieux que les spots publicitaires qu’on peut souvent faire disparaitre en ayant un bloqueur de publicité comme AdBlock, les sociétés se sont adaptées à ce problème et ont trouvé une parade. Ce ne sont alors plus des publicités explicites qu’on voit au début d’une vidéo, ou qui traine dans le coin d’un écran.

Non, ce sont carrément des créateurs qui vont faire eux-mêmes la publicité d’un produit afin de le faire connaitre à ses viewers. Ce sont les vidéos des créateurs elles-mêmes qui deviennent la publicité du produit, et qui sera donc plus facilement considérée avec attention par les potentielles consommateurs.

Un placement de produit peut du reste être très lucratif, puisque des Youtubeurs ont déjà déclaré être payé plus de 10 000€ pour mettre en avant certains jeux ou autre. Et ils n’ont même pas pour cela besoin de déclarer explicitement qu’ils font du placement de produit, en fait, il suffit que le produit soit mis en avant dans une vidéo, que cela donne envie aux gens de consommer…

Ces placements de produits visent des publics ciblés très précis. Par exemple une société qui produit du maquillage va envoyer à une Youtubeuse beauté des produits qu’elle va tester en vidéo et en faire l’apologie, ainsi, toutes les personnes qui regardent sa vidéo auront envie de l’acheter également. Beaucoup plus efficace qu’un spot publicitaire explicite….

Les contenus sponsorisés

Je connais moins ce truc, j’avoue, mais cela reste une forme de publicité en affichant le sponsor quelque part pendant la vidéo. Un peu comme les Formule 1 qui sont décorées avec les logos de leurs sponsors partout. C’est une alternative aux spots publicitaires de début de vidéo.

Les partenariats

Les partenariats sont quand une création est subventionnée par une entreprise ou un organisme. Genre « Je te paye 5000€ si tu fais une vidéo sur la motion capture » ou autre. C’est un peu comme un placement de produit sauf que c’est directement l’organisme dont on fait la promotion. Et ca peut être autre chose que des entreprises qui financent les vidéos.

Dernièrement, Dirty Biology a fait une vidéo en partenariat avec Arte par exemple. Ou une fois e-penser en a fait une sur les vaccins avec un laboratoire de recherches de Paris.

 

Les alternatives à la publicité pour les créateurs

Vous l’aurez compris, je suis assez opposé à l’utilisation des spots publicitaires qui ont pour objectif de nous influencer pour nous faire acheter des produits dont on n’a pas forcément besoin. Cela me parait être un processus malhonnête qui empêche les gens de faire des choix basés sur leur raison, en privilégiant l’exploitation de leurs émotions à leur insu. Pour cette raison je conseille à tout le monde d’installer sur ses appareils un bloqueur de publicité pour limiter l’exposition à ces contenus intrusifs et inutiles vis-à-vis de nos besoins.

J’ai envie de parler aussi des alternatives à la publicité permettant aux créateurs d’être rémunérés pour leur travail sans pour autant dépendre d’un modèle économique insidieux et aliénant.

« De plus, en encourageant ce système vous pervertissez l’indépendance de votre [créateur] préféré, même si le [créateur] lui-même n’en est pas toujours conscient. C’est la fameuse course à l’audience. Les chiffres deviennent plus importants que la qualité. »

Source : https://ploum.net/mais-qui-paie-la-publicite/

 

Le financement participatif

Le financement participatif permet aux utilisateurs d’une plateforme de soutenir les créateurs qu’ils apprécient en leur donnant de l’argent, que ce soit de manière ponctuelle ou de manière automatique mensuellement. Il existe pour cela différentes plateformes de financement, comme Tipeee, Patreon ou d’autres que je ne connais pas…

Il y a également la possibilité de crée des campagnes de dons ou crowdfunding pour financer un projet précis, comme l’a fait récemment Dany Caligula pour crée une série de 4 vidéos sur la question du sens. Pour cela il a ouvert une campagne sur le site Ulule et les gens étaient libres de contribuer pendant 1 mois en donnant une certaine sonne d’argent. Si on atteint l’objectif visé (ici 25.000€), le projet peut se réaliser et les gens sont débités de leurs contributions pour réaliser le projet. Si l’objectif n’est pas atteint (comme récemment avec le projet « Woman up » qui n’a pas atteint l’objectif visé) personne n’est débité et le projet n’aboutit pas.

***

C’est un peu comme quand vous allez acheter le pain à la boulangerie : vous ne voyez pas de publicité à la boulangerie, et pourtant, le boulanger gagne de l’argent grâce à vous. Parce que vous échangez un produit dont vous avez besoin (du pain), contre de l’argent qui est une expression de votre reconnaissance. L’argent que vous donnez au boulanger en achetant le pain, c’est ce qui permet au boulanger de continuer à vous vendre du pain le lendemain matin, de continuer à faire son travail.

Qu’est-ce que vous préférez, à choisir ? Soutenir certaines personnes dont vous appréciez le travail en leur permettant d’être indépendante des entreprises qui veulent nous faire consommer leurs produits en exploitant nos émotions ? Ou bien vous exposer à des publicités sans rien dépenser directement, mais en étant influencés malgré vous par des spots publicitaires qui vous feront dépenser de l’argent pour des choses dont vous n’avez pas forcément besoin ?

Personnellement le choix est vite vu. Je ne suis pas crésus, pourtant, cela fait des années que je soutiens dans la mesure de mes possibilités certains créateurs dont j’apprécie le travail, comme Usul, La tronche en biais, Raisonnance, Tatiana Ventôse, Le fil d’Actu, Grissini Project, Léti Gribouille, In Deserto, Dany Caligula… Bien sûr je ne donne pas à tout ce monde en même temps, j’adapte mes dons à la quantité des revenus des créateurs, par exemple ça fait des années que j’ai cessé de donner de l’argent à Usul puisqu’il il en était a 9000€ par vidéos. J’ai changé de tips pour donner à ceux qui avaient davantage besoin de cet argent, comme In Deserto.

La question c’est : quelle est la valeur de leur travail à mes yeux ? Combien ai-je la possibilité et suis-je prêt à leur donner comme expression de ma reconnaissance, afin de les aider à continuer à faire ce travail qui me parait être une richesse ?

J’accorde plus de valeur au travail de ces gens qu’à l’argent que je leur donne, c’est pourquoi je leur donne avec joie.

Aujourd’hui, par exemple, je donne 18€ par mois en tout. Quand j’étais étudiant, je ne donnais que 10€. A côté ce ça, je ne suis pas abonné à Netflix ni à Spotify (pas besoin) ni à Youtube premium ou Deezer (what’s the point?)

Si tous ceux qui en ont les moyens donnaient 5€ par mois à des créateurs qu’ils apprécient, on pourrait offrir l’indépendance financière à beaucoup plus de monde que ce n’est le cas aujourd’hui. Mais pour ça, il faut apprendre à changer nos habitudes et à se poser la question du modèle économique qu’on veut construire pour cette société. Parce que si quelque chose est gratuit, c’est que c’est toi le produit.

L’aide publique du CNC

Les campagnes de financement participatif associé à des projets précis peuvent par ailleurs s’accompagner de financements publics via la CNC, qui permet a de plus en plus de gens d’avoir une aide à auteur je crois d’un peu moins de 50% du budget nécessaire au projet. C’est ce qu’à fait Dany pour son projet qui était estimé à 50.000 de budget : La moitié venant des gens, l’autre moitié venant du CNC (qui a donné 20.000€)

 

La vente de son propre contenu payant

Certains créateurs proposent outre leurs vidéos sur Internet ou site Web des services payants qu’ils proposent en dehors de la plateforme sur internet. Par exemple, Naturacoach propose des cours de cuisine en vidéo, Esther propose du coaching et une communauté de développement personnel payante.

De la même manière, la plateforme Discord s’est positionnée contre la publicité et la revente de données personnelles.

Source : https://www.feedough.com/how-does-discord-make-money-discord-business-model/

Et puisqu’ils refusent de rendre leurs services payants, ils doivent utiliser d’autres stratégies pour élaborer un modèle économique indispensable pour la survie dans le temps de leur service. Par exemple ils proposent aux utilisateurs d’acheter des fonctionnalités gadgets facultatives permettant d’utiliser davantage de smileys ou de thèmes visuels sur l’application. Elles ne sont pas du tout nécessaires pour profiter pleinement de Discord mais permettent de personnaliser les couleurs et de contribuer à soutenir la société qui, avouons-le, a créé un super truc.

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L’idée intuitive qui peut nous venir à l’esprit c’est qu’on pourrait faire preuve d’une certaine indulgence vis à vis des « petits Youtubeurs » qui à travers la monétisation de leurs vidéos peuvent avoir une rentrée d’argent qui motive à continuer leur investissement sur la plateforme…

Toutefois, il y a des petits YouTubeurs comme Raisonnance ou In Deserto qui, bien qu’étant peu connus, ne monétisent pas pour autant leurs vidéos et assurent leurs revenus minimums à travers le financement participatif. D’autre part, si ils ont peu de vues, même si les vidéos sont monétisées, elles rapporteront très peu d’argent alors franchement à quoi bon infliger ca aux viewers qu’ils ont…

***

Il existe également des Youtubeurs qui refusent délibérément de monétiser leurs vidéos et qui pourtant parviennent à en vivre à temps partiel ou à temps plein, par exemple :

– Hygiène mentale. Dans cette vidéo, il dit même à 21min14:

« Mes vidéos ne sont pas monétisées, bien sûr, car la publicité est [d’après moi] le premier lavage de cerveau à éviter pour conserver une bonne hygiène mentale »

– Horizon-gull, de même, dans cette vidéo à 7min20:

« Monétiser nos vidéos serait économiquement le plus [rentable], mais contraire à nos convictions, donc non, nous ne monétiseront pas la chaîne, car vivre de la publicité est une forme de servitude qui peut potentiellement nuire à la créativité. »

Naturacoach, aussi refuse de monétiser ses vidéos. On peut d’ailleurs voir dans ses dernières vidéos tout le plaisir qu’il prend à tourner en dérision les spots publicitaires, que je vous conseille chaleureusement.

Quand je lui ai posé la question de son rapport à la pub, voici sa réponse :

« – La pub sur les vidéos youtube : je suis Je suis plutôt anti-pub mais en plus on ne choisit pas les annonceurs donc quand par exemple c’est une pub McDo (à cause des mots-clés) qui passe avant ma vidéo sur les régimes, ce n’est pas cohérent.
– Le placement de produit : ça je n’en fais pas du tout
– Le sponsoring : c’est ce que vous pouvez voir avec par exemple « Nord VPN » sur plusieurs youtubeurs, ça remplace la pub pre-roll. Je n’en fais pas non plus.
– Le partenariat : là c’est une vidéo entièrement faite en lien avec une entreprise ou institution, je n’en fais pas non plus mais c’est différent. Je ne dis pas non à l’avenir avec des instituts de recherche notamment, ça peut être intéressant pour proposer du bon contenu.

Il reste enfin 2 options : le financement participatif, via Tipee surtout, et la vente de son propre contenu payant.
Beaucoup choisissent la 1re option, et moi j’ai choisi la 2nde, que je trouve plus honnête. Comme tous les grands médias, je fais du contenu gratuit et du contenu à accès payant (en ce moment il y a uniquement mon programme de cuisine), au moins les gens en ont pour leur argent.

Bien sûr il y a ceux qui ont un job à côté et qui peuvent faire ça par loisir, c’est autre chose. Personnellement, lire la littérature scientifique et écrire mes vidéos, c’est impossible à faire autrement qu’à plein temps. »

***

Ces vidéastes sont tous des individus accordant beaucoup d’importance à l’enseignement de l’esprit critique et de la connaissance scientifique, et qui ne veulent pas contribuer à exposer leurs viewers à de la pub aliénante.

C’est la raison pour laquelle j’aimerais personnellement a terme que les gens comme MrPhi ou Esther arrêtent un jour de monétiser leurs vidéos et d’exposer leurs viewers à des spots publicitaires. Parce que l’argent que ces pubs leur rapportent, ils n’en ont pas besoin.
Je suis d’accord, il n’y a rien de mal à gagner de l’argent, même à gagner beaucoup d’argent. Sauf que quand gagner de l’argent implique d’exposer les gens à des publicités alors que ce n’est pas du tout nécessaire pour nous épanouir sur le plan économique, cette démarche me semble déjà plus problématique d’un point de vue éthique. 

Après, ce n’est que mon avis…

***

Fin de la partie I. Les parties suivantes (partiellement rédigées) seront ajoutées dans l’année 2020, a priori.

Si j’ai dit des choses fausses ou imprécises, ou bien que vous avez trouvé certains passages surprenants ou intéressants, n’hésitez pas  à réagir en commentaires. C’est déjà courageux d’avoir lu jusqu’ici, et je vous en remercie !

***

Sources consultées pour écrire cet article :

https://ploum.net/mais-qui-paie-la-publicite/
PLOUM |Mais qui paie la publicité ?

https://www.youtube.com/watch?v=0oOns2XbhMg

Usul | La télévision… Pourquoi pas?

https://www.youtube.com/watch?v=Zj6zPtAElgM

Stupid Economics |AD-POCALYSPE : Le futur de YouTube ?

Desmurget, M. (2011). TV lobotomie: La vérité scientifique sur les effets de la télévision-Essais-documents. Max Milo.

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Duflo, S. (2018). Quand les écrans deviennent neurotoxiques. Protégeons le cerveau de nos enfants. Marabout.

Résultat de recherche d'images pour "duflo écrans"

4 commentaires sur “Hygiène numérique, partie I) Les publicités sur internet: si c’est gratuit, c’est que c’est toi le produit

    1. Très bonne question !
      Il y a de la pub sur WordPress car c’est une plate-forme gratuite pour moi, et donc je n’ai rien à payer pour utiliser leurs serveurs. Ils se payent eux même en affichant de la pub.

      Mais maintenant que tu le dis, c’est vrai qu’ils m’ont plusieurs fois proposé de payer tous les mois pour qu’ils n’affichent plus de pub sur mon blog.
      Je ne l’avais jamais fait parce que vu que j’ai ad block, je ne vois pas de pub sur WordPress.
      Tu me donnes envie de m’abonner pour faire disparaître les pubs, car au final, cela me semble plus cohérent.

      Je précise simplement que je ne peux pas retirer ces pubs sans m’abonner à WordPress.
      (contrairement à une chaîne youtube qui n’est pas obligée de monétiser ses vidéos)

      Merci pour ta remarque pertinente !

  1. Ok. Je comprends ta réponse. Ce que j’ai compris c’est que tu n’es pas payé pour la pub que je vois et que contrairement à YouTube il t’est demandé de payer pour supprimer la pub.
    Pour ma part j’évite la pub quand j’y pense et que c’est possible. Autrement je fais attention à être consciente pour limiter mon fonctionnement en mode automatique et par conséquent les achats influencés sans mon accord.

  2. Je trouve cela révoltant que l’on vende notre temps. Déjà qu’il est entièrement exploité par le système pour qu’il lui soit rentable (par le biais du travail), même si l’on n’a pas signé de contrat, notre attention et nos temps personnels sont également happés, vendus, exploités. J’en ferai un article également (même si je me demande comment je pourrais écrire quelque chose d’aussi complet, parce que j’ai l’impression que tu as dit beaucoup de choses très pertinentes), mais je pense m’orienter vers l’idée du temps et du capitalisme de façon plus politique/philosophique. En tout cas, j’ai appris beaucoup de choses et les détails que tu donnes sur le plateformes et le système nerveux sont vraiment très intéressantes. Hâte de voir la seconde partie !

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