Les vrais héros ne portent pas de capes, et c’est leur présence qui sauvera le monde

Il est tentant d’attribuer nos échecs aux autres et nos réussites à nous même, c’est plus valorisant quand on a une estime de soi fragile. Cependant, dans la réalité, l’origine des événements de vie est souvent complexe et multi-factorielle.

Il est généralement à peu près aussi mensonger de dire « je pense par moi-même » que de dire « je me suis construit tout seul et je ne dois rien à personne », car nous vivons dans un monde d’inter-dépendance ou les idées n’apparaissent pas à notre esprit ex nihilo. Nous pensons toujours à partir de. Nous agissons toujours à partir de.

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Il est je trouve toujours intéressant de regarder un peu dans le rétroviseur de la voiture de notre vie, afin d’observer le chemin que l’on a parcouru, et ce qui était notre quotidien hier.

Souvent, je me rend compte que les idées que j’avais il y a 10 ou 15 ans ne sont au final pas si différentes des idées que j’ai aujourd’hui. J’ai simplement gagné en rigueur et en profondeur de champ. Je peux justifier beaucoup plus de choses et je suis donc beaucoup moins contraint de faire une confiance aveugle à des influenceurs culturels.

Ce que j’observe, aussi, c’est qu’une large part de ce que je suis vient de mon éducation, et je suis reconnaissant de voir que certaines des qualités qui me sont les plus utiles à moi et aux autres aujourd’hui sont des qualités qui m’ont été enseignées par mes parents. 

Aujourd’hui, je suis en train de devenir progressivement une sorte de spécialiste de la non-violence, et j’apprend peu à peu à progresser en tant que médiateur de conflits. J’apprend de mes erreurs car, bien qu’ayant lu des livres et participé à des formations, il me manque encore beaucoup de l’essentiel: l’expérience empirique, pratique. 

Du haut de mes 28 ans et de mes 2 ans de pratique du processus de la CNV, j’apprend tous les jours  de mes erreurs.
Et j’ai envie de restituer deux souvenirs qui, rétrospectivement, m’ont marqué en tant qu’ils étaient une démonstration de sagesse qui m’a beaucoup appris, sur la manière de désamorcer la violence.

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Accès à l’humour anglais

Une fois, mon frère (je crois) a eu une sorte d’accident de voiture avec un motard anglais, je ne sais ou. Du coup, pour faire le constat, ils sont tous les deux rentrés jusqu’à chez mes parents, ou mon frère habitait encore à l’époque. Dans mon souvenir, mon frère était très en colère car le mec était un sale con (en tort, du point de vue subjectif de mon frère, il me semble) et du coup dans la famille, tout le monde s’attendait à ce que mon père aille l’engueuler sévèrement, voir lui casser la gueule. 

Et comme nous connaissions tous la puissance de mon père, il y avait, en tout cas en moi, comme une sorte d’excitation à l’idée de voir la démonstration de cette puissance à l’oeuvre quand mon père irait parler à « ce crétin d’anglais »  pour lui montrer c’est qui le chef (en gros).

Alors mon père est sorti de la maison, et nous l’avons suivi peu après, pour « profiter du spectacle ». Et… ils ont discuté. Mon père a cherché à comprendre ce qui était arrivé, et il a dialogué avec ce type, qui s’est rapidement détendu et le problème s’est solutionné facilement.
A la fin, le type a même fait une blague pas drôle (que je n’ai toujours pas comprise) ou il était question de pattes de lièvre.

Ensuite, en revenant vers nous, mon père a expliqué que ça ne servait à rien, dans un tel contexte, de faire preuve de violence.
Oui, il aurait pu facilement se montrer violent, défendre mon frère (alors qu’en fait les torts étaient très probablement partagés), cependant, cela aurait été totalement contre productif (antitélie) sur le long terme. Cela aurait crée de nouveaux problèmes supplémentaires sans résoudre les précédents.

Et ca a été une leçon très importante pour moi, ce jour là. Nous étions assoiffés de sang comme pour nous rassurer face à ce qui était perçu comme une menace dangereuse pour la sécurité de la famille. Et la menace à été neutralisée sans la moindre violence. Juste avec du dialogue et de la communication. 

Ce jour là, mon père a fait quelque chose de beaucoup plus fort que de nous démontrer sa puissance guerrière. Il nous a montré qu’il pouvait être plus puissant encore qu’un guerrier, il pouvait être un sage. 

 

La lame restera dans la poche du pantalon

Une fois, quand j’étais au collège, j’avais mal parlé à une gamine qui était amie avec ma petite sœur (trois ans de moins que moi), et elle en avait parlé à son grand frère (de mon âge). En conséquence, je me suis mis toute la bande d’amis de son grand frère à dos, soit 4 ou 5 personnes (dont deux avec lesquelles j’avais déjà un passif, puisqu’elles s’était déjà mises à deux sur moi à la fin de l’école primaire.)

Une après midi, cette fille est venue me voir chez mes parents et m’a dit que son frère voulait me voir chez lui avec ses amis pour s’expliquer avec moi sur ce que j’avais dit. En gros, il voulait me péter la gueule. 

J’ai donc commencé à me préparer pour y aller, en m’habillant avec des vêtements facilitant les mouvements et en prenant un couteau pliable dans le tiroir de la cuisine au cas ou j’en aurais besoin sur place (ne serais-ce que pour intimider)

Ma mère, qui m’a vu prendre le couteau dans la cuisine, et qui avait du entendre la conversation avec l’amie de ma sœur, a décidé de me suivre en vélo tandis-ce que j’allais affronter mon destin, retrouver cette bande d’ados. (diantre, quelle tension dramatique !)

En arrivant devant la maison, ils sont tous sortis. Cependant, ils n’avaient pas prévus que ma mère serait à côté de moi, alors ils sont restés un peu plantés comme des cons. L’un d’eux à commencé à énoncé les crimes dont j’étais accusé, suite à quoi ma mère lui a répondu a ma place, tandis que je restais silencieux à observer la scène.

Et c’est alors qu’un dialogue s’est instauré entre eux et ma mère qui invitait à prendre de la hauteur sur ce qui s’était passé et la disproportion de la réaction de part et d’autres. 

Et la chose s’est résolue naturellement comme ça, juste avec un dialogue de quelques minutes. Parce que ma mère m’a accompagné pour parler avec eux, pour faire face et communiquer. Dénouer le conflit.

Que se serait-il passé, si ma mère n’était pas venue, si ces personnes avaient voulu me tomber dessus toutes ensemble et que je m’étais défendu en sortant le couteau de ma poche ? On ne le saura jamais car on écrit pas l’histoire avec des SI. Tout ce qu’on sait, c’est que mon couteau est resté dans ma poche, parce que ma mère a gérer la situation autrement, et que tout s’est résolu sans violence. C’était possible.

 

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Pourquoi « Vrais héros »

Le choix du titre de l’article n’était en effet pas choisi au hasard. Je voulais dire vrai héros par opposition à héros prisonniers du conflit mimétique.

Quand on regarde bien, en fait, les histoires de super héros racontent toujours un peu la même histoire mythologique : Le gentil qui combat et triomphe du méchant par la force.

On parle de super héros car ils ont des supers pouvoirs et combattent des supers méchants. L’histoire garde cependant la même structure. C’est terrible mais même dans Game of Thrones (ATTENTION SPOILERS SAISON 8 NE LISEZ PAS LA FIN DE CETTE PHRASE SI VOUS AVEZ PAS ENVIE D’ETRE SPOILES) par exemple, qui est un exemple stupéfiant de nuances de gris dans la mise en scène de ses personnages, l’histoire se termine globalement avec le gentil qui tue le méchant pour rétablir la paix dans le royaume. Du moins en ce qui concerne la série TV.

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Les « héros » classiques sont des gentils classiques qui se battent contre des méchants classiques. Et on voit ça tous les jours : Des familles qui s’unissent contre des ennemis communs et qui se montrent violent envers lui quand bien même c’est la famille qui est en tort… juste pour préserver l’unité et la cohérence de la famille. 
On protège « les liens du sang » même quand nos proches font de la merde, sous prétexte que le lien du sang est sacré. C’est du bullshit pré-rationnel.

Combien de fois j’ai vu des parents (des « héros ») défendre bêtement leurs enfants en agressant ses ennemis mythologiques, alors que c’est leur enfant qui avaient fait des conneries, juste parce qu’il fallait rien dire à leur gamin, par exemple…
Combien de parents d’élèves viennent agresser les méchants professeurs à l’école parce qu’un cadre, pourtant bienveillant et fonctionnel, a été posé et que l’enfant n’a pas aimé se confronter à ce cadre…
Combien de profs voient certains parents d’élèves comme le mal absolu sous prétexte qu’ils sont venus les voir en colère pour comprendre certaines décisions qui n’avaient pas de sens pour eux…

J’invite donc à viser comme idéal, non pas de devenir un héros violent qui se bat contre des méchants, mais à devenir un vrai héros, qui trouve d’autres stratégies que la violence pour dénouer les conflits auxquels il est confronté.
J’invite à visiter le cœur de son ennemi pour entrer en lien humain avec lui, plutôt qu’en lien avec l’image (essentialisée) que je me fais de lui dans l’histoire que je me raconte pour donner du sens à la situation. 

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Les « vrais héros » sont des héros qui évoluent en dehors de cette prison mythologique du bien contre le mal. Qui sont parvenus à sortir du conflit mimétique, pour dénouer les conflits en ayant recours à d’autres méthodes que la violence. Notamment via la capacité à entrer en empathie avec l’autre, avec celui qui est différent de soi.
Il existe d’ailleurs assez peu de films qui sortent de cette structure, bien qu’il en existe (Hotel Transylvanie par exemple, ou Moana)

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La polarisation systémique dans les récits collectifs

Dans les milieux militants ou populaire, on a souvent une idée assez naïve (pour ne pas dire carrément fausse et pleine de contresens) sur ce qu’est la non-violence. Ce pourquoi on promeut généralement une théorie de la « violence légitime » qui permet de rationaliser/justifier des actions politiques violentes au nom d’un récit idéologique qui propose une certaine vision du monde. 

C’est aussi les milieux dans lesquels on trouve le plus de polarisations et d’essentialisation, et ou les structures mythologiques de lutte du bien contre le mal sont les plus stéréotypées. Et ce y compris quand on se revendique marginal, quand cette marginalité revient en fait à reconstruire un récit collectif typique parallèle.

Typiquement, le gentil Etat de droit qui lutte avec tout son humanisme contre les méchants terroristes, le méchant chômage, et les méchants criminels. On part du principe que les hors la loi, parce qu’ils transgressent les règles du récit collectif et de son idée du bien, doivent être punis pour rentrer dans le rang s’ils veulent faire partie de la société. C’est un peu ce narratif que dénonce le film « Joker » sorti en 2019 (j’en écrirai un article à l’occasion)

C’est pour dépasser ce mythe de l’Etat de droit absolument bon que des gens comme Thoreau ont théorisé « la désobéissance civile », comme le fait de transgresser en pleine conscience des lois jugées injustes et illégitimes d’un point de vue éthique. 

C’est une version plus moderne de Antigone de Sophocle, quoi.

Les gentils anarchistes qui luttent contre les méchants CRS et le méchant Etat, ce qui est illustré par le slogan « ACAB » : All cops  are bastards (« tous les flics sont des connards »): c’est à dire qu’on part du principe qu’un flic, en tant que flic, est un ennemi, et donc qu’on est légitime (en tant que black block, notamment) à se montrer violent envers lui puisqu’il est le représentant de l’Etat, et que l’Etat est l’ennemi ultime à vaincre par la force, pour mettre en place un idéal d’égalité et de liberté pour tous.

Les gentils végans militants qui luttent contre les méchants carnistes et l’industrie de l’élevage industriel. On part du principe que c’est mal de tuer des animaux pour les manger, et qu’il peut dès lors être légitime de se montrer violent envers les industries de l’exploitation animale pour défendre les droits des animaux et contribuer à l’émergence d’une société antispéciste… Et puis les éleveurs, ils ont qu’à changer de métier s’ils en ont marre qu’on leur dise qu’ils sont de mauvaises personnes qui aiment pas les animaux…

Les gentilles féministes qui luttent contre le méchant patriarcat/ les masculinistes. On part du principe qu’il est strictement interdit pour un homme de vouloir s’exprimer au sujet du féminisme, de donner son avis, ou de partager son point de vue, car cela serait faire du « mansplaining » et donc cela inhiberait la parole des femmes, ce qui les empêcherait de s’émanciper par elles-mêmes et pour elles mêmes. Le narratif féminisite typique considère que les hommes (la moitié de l’humanité, donc) doivent juste se taire, rester en retrait (voir carrément être physiquement absent) et contribuer à mettre en avant la parole des femmes et uniquement la parole des femmes.
Elles ont  le slogan: All mens are trash (« tous les mecs sont des connards », sous entendu, tous les mecs sont par essence sexistes et misogyne même sans s’en rendre compte, en tant qu’ils sont des hommes insérés dans un système de domination patriarcal. Surtout les mecs cisgenre)
(Et ne riez pas, beaucoup de gens très intelligents adhèrent à ce type de narratif typique, qu’ils peuvent justifier de manière très élaborée… sans forcément se rendre compte que la carte n’est pas le territoire)

C’est même un récit utilisé comme technique de séduction par certains hommes qui, en se revendiquant alliés de la cause féministe, cherche à passer pour des types sympa et progressistes, donc de bons partis qui méritent de recevoir des gratifications sexuelles.

Les gentils hommes qui luttent contre les méchantes féminazies toxiques SJW. On part du principe qu’une inversion du rapport de force s’opère entre les hommes et les femmes, et que ces dernières sont « les grandes gagnantes » de l’évolution de la société. Et qu’il faut donc lutter pour pas se faire bouffer par les femmes, qui prennent le pouvoir et nous emmerdent avec tous leurs mots anglais à la con, pour pointer du doigt les hommes qui n’ont rien fait de mal à part être des hommes. Ainsi on se considère légitime à se foutre de la gueule des féministes à longueur de temps entre couilles, et on nourrit une animosité et une colère à l’égard de la gente féminine qui en fait vient révéler une insécurité face à celles qui « veulent nous faire perdre nos privilèges de mecs cis ». On cherche à maintenir le rapport de force et à lutter contre ce qui est perçu comme de la « domination féminine »…

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Il existe des tas de narratifs polarisants de ce genre dans la société, qui ont pour fonction de donner du sens aux actions des  individus, que ce soit à l’échelle des groupes ou à l’échelle politique, quand les actions sont a visée militante.

Comme tout narratif, il se construit autour de totems et de tabous, autour d’un idéal auquel on attribue une valeur sacrée, et des nexus/boucs émissaires que l’on sacrifie sur l’autel sacré auquel on consacre notre temps et notre énergie…

C’est la raison pour laquelle, il me semble, la première étape pour sortir de la violence, c’est déjà d’apprendre à identifier les histoires qu’on se raconte sur nous-même, sur les autres, sur la société. Se souvenir que la carte n’est pas le territoire… 

La violence est toujours légitimée par un récit... et ce récit est une construction du cerveau destinée à donner du sens aux actions qui sont, en fait, l’expression de nos émotions et de nos besoins. Et plus on est conscient de nos sentiments et besoins, plus il sera facile d’en parler, et plus on aura de facilité à trouver des alternatives à la violence. Cependant, l’identification des sentiments et des besoins sort du cadre de cet article… et concerne la CNV, que je ne peux que vous inviter à creuser si cela vous intéresse.

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Je me demande si vous aussi, vous avez dans votre entourage de « vrais héros » ? Ou si vous aspirez à en être un vous même à travers vos actions ? Je ne peux que vous inviter à en parler en commentaires, puisque cela peut être si facilement source d’inspiration pour les autres ensuite…

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PS: Je n’oublie pas les autres héros de la famille…

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